Le Monde des livres, 25 giugno 2026
«Esiste un eroismo femminile », scrive Stéphanie Genand nella sua magnifica biografia di Germaine de Staël (1766-1817), la cui esistenza romantica ha a lungo oscurato il suo duplice ruolo di romanziera e pensatrice politica.
Figlia unica di Jacques Necker e Suzanne Curchod, la piccola Louise, uno dei suoi nomi di battesimo, ricevette un'educazione intellettuale tipicamente riservata ai maschi. A 22 anni, la giovane donna scrisse Lettere sull'opera e il carattere di Jean-Jacques Rousseau (1788), opera che venne analizzata nella sua interezza. Stéphanie Genand considera questo un momento cruciale.
Il credo di Staël (come l'autrice la chiama, rifiutando il condiscendente "Madame de") – "Il dolore è uno dei mezzi più potenti per lo sviluppo dello spirito umano" – riflette una sensibilità pre-romantica, incarnata con passione dalle eroine dei suoi due romanzi principali, Delphine (1802) e Corinne, o Italia (1807). La teoria, tuttavia, non è mai assente. Staël difende in particolare una concezione della letteratura inseparabile dalle "istituzioni sociali" che la plasmano, ma guidata dal principio di perfettibilità.
Tuttavia, questo ideale di perfettibilità, garantito soprattutto dalla libertà pubblica, ebbe un prezzo in un'epoca in cui la Francia si era gettata tra le braccia dell'uomo che aveva posto fine alla Rivoluzione. Con Benjamin Constant, si oppose al dispotismo di Napoleone, e questo le costò l'esilio forzato. La tragedia di Staël fu che il paese, erede dell'Illuminismo e della Rivoluzione, aveva, con Napoleone, seminato il terrore in Europa. Pagò il prezzo, ma trovò anche la sua gloria: "Napoleone non la trasformò in una francese sminuita, ma in una donna universale". Jean-Louis Jeannelle
Superbe « Germaine de Staël. Le prix de la liberté », biographie d’une penseuse sur le vif de la Révolution et de ses conséquences
« Germaine de Staël. Le prix de la liberté », de Stéphanie Genand, Perrin, 358 p., 23,50 €, numérique 18 €.
« Il existe un héroïsme au féminin », écrit Stéphanie Genand dans sa magnifique biographie de Germaine de Staël (1766-1817), dont l’existence si romanesque a longtemps fait oublier le double statut de romancière et de penseuse politique. On connaissait la fille de Jacques Necker (1732-1804), banquier genevois ministre des finances de Louis XVI au début de la Révolution. On savait aussi qu’elle fut l’alter ego de Benjamin Constant (1767-1830), essayiste et homme politique avec lequel amour, philosophie, engagement public se mêlaient. On se souvient surtout de la grande opposante de Napoléon, contrainte à « dix années d’exil », titre des souvenirs qu’elle en livra à la fin de sa vie. Mais il existe une autre de Staël, si belle à découvrir : une femme complexe, ne reculant devant aucun danger lorsque ses idées étaient en jeu, et dont la grande passion fut de réfléchir aux origines et aux conséquences sociales, morales et culturelles de la Révolution.
Il est vrai qu’à sa naissance les étoiles s’alignèrent. Unique enfant de Jacques Necker et Suzanne Curchod, la petite Louise, l’un de ses prénoms, reçoit une éducation intellectuelle réservée aux garçons, et que l’aiguillon maternel rend bien plus exigeante encore. A 22 ans, la jeune femme rédige des Lettres sur les ouvrages et le caractère de Jean-Jacques Rousseau (1788), dont toute l’œuvre se voit examinée : anthropologie, théorie politique ou encore pédagogie, précisément le livre V de l’Emile (1762), où Rousseau fixe à l’éducation des filles les limites convenant aux fonctions de leur sexe – surtout pas de savoirs qui feraient d’elles des femmes savantes, autrement dit des pédantes ! Or, ces passions qui, selon Rousseau, fragilisent les femmes sont celles, dit Germaine de Staël, qui leur confèrent une acuité critique si particulière.
Penser avec Rousseau, c’est donc aussi penser contre lui. Dont acte : Stéphanie Genand voit dans ce geste un moment inaugural. Fini ces formules embarrassées pour désigner celles qui arrachaient un droit à créer, telle « femme auteur ». Fini même cette « Madame de Staël » à laquelle ses biographes s’accrochent toujours, comme si son mari, le fade Erik de Staël-Holstein (1749-1802), ambassadeur de Suède, avait son mot à dire dans l’affaire. « L’invention d’une féminité alternative mérite bien qu’on l’honore, a fortiori au XXIe siècle : alors adieu “Madame de Staël” et vive “Staël”, comme nous la nommerons désormais. »
L’idéal de perfectibilité
Son credo – « La douleur est un des plus puissants moyens de développement pour l’esprit humain » – traduit une sensibilité préromantique, dont les héroïnes de ses deux grands romans, Delphine (1802) et Corinne ou l’Italie (1807), offrent les brûlantes incarnations. La théorie n’y est toutefois jamais absente, qu’il s’agisse des mœurs, des facteurs sociaux ou des régimes politiques. Delphine a pour soubassement une enquête sur les institutions interdisant aux femmes le bonheur et la liberté. Et Corinne fait se croiser les nationalités : une poète romaine y fascine par la perfection de son art, mais cache ses origines anglaises – court-circuit dont résulte une nouvelle conception de la littérature. En effet, contre les Français cramponnés au mythe d’un idéal classique dont les ouvrages rejoindraient le trésor des Anciens pour l’éternité, Staël défend une conception de la littérature indissociable des « institutions sociales » qui la façonnent, mais qu’oriente le principe de perfectibilité.
Or, cet idéal de perfectibilité, que garantit par-dessus tout la liberté publique, a un coût à une époque où la France s’est jetée dans les bras de celui qui a clos la Révolution. Staël avait passé avec Napoléon quelques soirées en 1797 et crut reconnaître un grand homme. Très vite, il lui faut déchanter. Avec Constant, elle s’oppose au despotisme, et c’est l’exil imposé, au château familial de Coppet, en Suisse, puisqu’il lui est interdit d’approcher Paris à moins de 40 lieues (160 kilomètres) – il s’agit d’une véritable mort sociale (à l’époque du moins). De l’Allemagne (1810) est interdit et tous les exemplaires détruits. Staël vit désormais environnée d’espions. Le 23 mai 1812, elle fuit secrètement Coppet sans aucun bagage : Stéphanie Genand fait un récit palpitant de son errance, d’Autriche en Russie (seul pays, avec l’Angleterre, qui n’ait pas fait allégeance à l’Empire), puis à Stockholm, en Suède, enfin en Angleterre, où les Londoniens lui font un triomphe.
Le drame de Staël fut que le pays héritier des Lumières et de la Révolution ait, avec Napoléon, semé la terreur en Europe. Elle en paya le prix, mais y trouva aussi sa gloire : « Napoléon ne l’a pas transformée en Française amputée, mais en femme universelle. »

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