Hugues Le Paige
À
propos de «Rosine Lewin, le Parti, et moi». Parcours
croisés dans les méandres du communisme belge et international.
Le Club de Mediapart, 17 aprile 2016
Jean-Marie
Chauvier ( Editions du Cerisier)[1]
« Mon
propos n’était pas, ici, de tirer les enseignements de l’aventure
communiste et de son dénouement, encore moins de ses lendemains,
mais bien de situer ce que fut, en leur sein, le parcours d’une
personne proche et exceptionnelle. C’est du côté de
l’intelligence et de la générosité, dans la “part de lumière”
du communisme que rayonnait la figure de Rosine Lewin. » :
ainsi s’achève le passionnant essai de Jean Marie Chauvier, "Rosine Lewin, le Parti, et moi", ce parcours croisé dans les méandres du communisme belge et international", comme le précise le titre de l'ouvrage. "Ce bilan nécessaire et courageux est unique", écrit justement Pierre Gillis dans sa préface.D’une
manière critique, et loin des reniements qui ont trop souvent dominé
l’historiographie de l’épisode communiste du XXe siècle,
Chauvier pose toutes les questions et n’élude aucune des contradictions qui ont hanté les acteurs les plus lucides d’une aventure humaine
et collective qui a longtemps été pour les peuples le “soleil de
l’avenir”. Rien n’est éludé : la dictature du
prolétariat devenue la dictature du parti, les massacres de Staline
ou la répression des dissidents. Rien n’est oublié : la
transformation d’une société arriérée, l’accès à
l’enseignement, à la santé et à la culture, les moments
d’espérance qui butaient sur des périodes de désespoir. Les
succès, les tragédies et l’échec final sont confrontés au
contexte historique qui permet de comprendre la complexité d’une
aventure politique, idéologique et humaine tissée de mille drames.
Il fallait pour cela le regard croisé et posthume de deux militants
du Parti Communiste de Belgique (PCB) qui ont incarné, chacun à
leur manière, mais toujours critique, ce que ce parti portait comme
indéniable espoir et comme potentialité trop souvent déçue.
Le
choix d’être communiste
Il
y a donc trois personnages sur scène. D’abord Rosine Lewin
(1920-20). Elle naît
à Anvers dans une famille de la nouvelle
bourgeoisie juive de l’immigration de l’Est (Pologne). Plus tard,
Rosine s’expliquera sur cet héritage “irrécusable”. “En
fin de compte, je suis juive avant tout parce qu’avec des millions
d’êtres humains, Joseph Lewin et Esther Farber, mes parents ont
été gazés à Auschwitz au seul motif qu’ils étaient juifs”.
Mais elle ajoutait que si elle n’avait pas choisi d’être juive,
elle avait bien choisi d’être communiste.
C’est
à l’Université Libre de Bruxelles où elle entre à l’âge de
17 ans qu’elle sera gagnée, une fois pour toutes, par la
politique. Elle se mobilise pour les Républicains espagnols et
contre la montée du fascisme en Europe. Quand la Belgique est
occupée, Rosine Lewin choisit le périlleux destin de la résistance.
Si elle fréquente déjà des militants communistes, c’est la
rupture du pacte germano-soviétique qui l’autorise à rejoindre le
Parti. Sa sœur Félicie et son compagnon Jean Guillissen sont eux
aussi entrés dans la résistance, ils sont arrêtés par la Gestapo
en avril 1942. Jean est condamné à mort et exécuté. Fel est
envoyée à Auschwitz dont elle ne reviendra pas. Famille déportée,
famille décimée.
Pour
retracer cet itinéraire, Jean Marie Chauvier analyse son contexte
historique et idéologique tant belge qu’international. Dans la
précision et l’érudition. De l’avant-guerre et de ses
espérances à la libération et ses perspectives en passant par la
montée de fascisme et de l’antisémitisme et les crimes qui ont
émaillé la Seconde Guerre mondiale. La préparation inéluctable de
la Shoah et sa mise en application par l’Allemagne nazie que les
Alliés, informés depuis 1942, ne voulaient pas voir. L’auteur
rappelle ce chiffre terrible généralement omis ou sous-estimé par
la grande majorité des historiens : “la totalité des
victimes soviétiques civiles et militaires est évaluée à 24-27
millions, ce qui fait près de la moitié des morts de la Deuxième
Guerre mondiale”. Un bilan effroyable qui laissera évidemment
des traces.
Mais
il y a aussi les méandres du mouvement communiste
international qui, de 1928 à 1935, passe du sectarisme “de classe”
au Front populaire avec toutes les contorsions imposées aux
différents PC nationaux. Les militants communistes doivent s’adapter
et acceptent généralement que la défense de l’Union Soviétique,
la patrie du socialisme, soit la seule priorité. Mais comme Rosine,
ils sont libérés quand le Pacte germano-soviétique qui a bien été
une collaboration active entre les deux régimes est rompu par Berlin
qui lance son offensive coloniale contre l’URSS. Pour bon nombre
d’entre eux déjà engagés dans la résistance, les choses
rentrent dans une logique idéologique tant malmenée. Et presque
naturellement, avec le Front de l’indépendance, les communistes
seront à l’avant-garde de la résistance armée. Ils en paieront
le prix le plus fort. Y compris dans le contexte politique de la
Libération.
Le
Parti des occasions manquées
Chauvier
rapporte ce témoignage (bien plus tardif) de Rosine : “Le
prix payé — avant tout en hommes — dans la lutte clandestine par
les communistes fut dramatiquement disproportionné par rapport au
poids du Parti sur le devenir de la Belgique après septembre 1944.”
À la Libération, le Parti Communiste est certes auréolé de son
rôle primordial dans la Résistance. Durant la résistance, il avait
préparé “un soulèvement national qui devait restaurer un ordre
démocratique qui ne serait pas la simple restauration du régime
d’avant-guerre”. Une partie de la base communiste a rêvé de la
révolution. Projet irréaliste face au rapport de force : les armées
anglo-américaines veillent au grain (comme partout en Europe
occidentale) et les partis traditionnels mettent immédiatement en
œuvre le compromis social préparé à Londres. Le PCB fera partie
des gouvernements de 1944 à 1947, mais à des postes subalternes et
malgré un score électoral notable en 1946 (13 % des voix au niveau
national), il n’a pas pu convertir en capital politique la
popularité que lui avait valu son rôle dans la résistance.
On
peut certes considérer que le PCB (comme tous les autres) a respecté
le partage des zones d’influence prévu par les accords de ladite
Conférence de Yalta, mais le réalisme du rapport de force ne
permettait rien d’autre en Europe occidentale. Ici Jean Marie
Chauvier reprend l’analyse de José Gotovich, référence absolue
en ce qui concerne l’histoire du PCB[2],
qui “estime
qu’une occasion fut manquée par le Parti — non pas la révolution
(…), mais l’absence d’une ligne rénovatrice, lacune déjà
observée pendant la guerre”.
Occasion manquée : l’expression reviendra à plusieurs
reprises sous la plume de Chauvier. À tel point — on le verra —
que l’on peut se demander si au-delà de ses contributions
importantes aux luttes sociales, politiques, culturelles et
sociétales, le PCB n’aura pas été le parti des occasions
manquées…
“L’homme
communiste, c’est celui qui met l’homme au-dessus de lui-même”
écrit Aragon en 1946. Rosine Lewin, comme la plupart des
communistes, partage cette foi en l’homme communiste.
Rosine
Lewin: le choix d’être communiste
Plus
tard, au soir de sa vie, Rosine insistera sur cet aspect de la “foi”
inséparable de l’engagement communiste,[3] mais
qui refuse de prendre la place de la rationalité.Rosine sera
toujours une militante et une dirigeante fidèle au parti au sein
duquel elle exerce aussi son sens critique. Son témoignage dans les
années 2000 rend bien compte de ce balancement : “Au-delà
des convictions idéologiques, orgueil et certitude ont contribué à
forger une mythologie et ont soutenu — et aveuglé — ceux qui
s’engageaient dans le Parti. On se voyait comme des acteurs de
l’Histoire, acteurs éclairés et enthousiastes, bien sûr (…)
Mais (l’enthousiasme) était fonction de notre ignorance
(volontaire ou involontaire) de certains développements du
‘socialisme réalisé’.
Ainsi avons-nous, pendant un temps cessé de connaître le doute,
assignant à la critique — outil majeur du marxisme — des limites
qui ont vicié notre jugement”
Et cependant, ajoute-t-elle dans le même souffle, quelles
qu’aient été nos certitudes, nous avions de vrais débats [4]».
Le double chemin, celui des certitudes et du doute, la critique
limitée et les vrais débats. Telle était pleinement Rosine Lewin.
En
1953, à la mort de Staline elle est en pleurs comme tout le peuple
communiste.
Hommage
du PCB à la mort de Staline
Mais
trois ans plus tard, en 1956, elle est à Moscou lors du XXe Congrès
du PC URSS. Elle vit le choc du rapport Khrouchtchev comme « un
grand moment : un parti capable de mettre à nu ses propres
turpitudes et responsabilités devait pouvoir vaincre obstacles et
inerties » pense-t-elle alors. Elle ajoutera plus tard :
« J’avais tort ». Dans son ouvrage, Jean-Marie
Chauvier analyse en profondeur « la déstalinisation selon
des méthodes staliniennes », ses limites et ses effets néanmoins
salutaires ».
Militante
et dirigeante
Alors
que la guerre froide est déclarée, à peine a-t-elle quitté sa
fonction dans le cabinet d’un ministre communiste, Rosine Lewin est
nommée secrétaire nationale du Rassemblement des Femmes pour la
Paix. C’est tout sauf honorifique. La « féministe de classe »
descend sur le terrain et va à la rencontre des femmes au travail
dans la Flandre profonde. Politisation des femmes, revendications
salariales et conditions de travail, approche préféministe, c’est
le véritable travail sur le territoire. Un travail éreintant, sans
relâche dont on n’a plus idée aujourd’hui (à l’exception
sans doute d’une partie des militant. e. s du PTB), mais qui est la
condition même de l’enracinement politique. Comme la plupart des
cadres communistes, les dirigeants restent avant tout des militants.
Mais Rosine Lewin va surtout s’épanouir dans la presse communiste.
Rosine
Lewin au « marbre » du Drapeau Rouge
En
1957, elle entre comme journaliste au Drapeau Rouge qu’elle
dirigera par la suite. Mais c’est aussi là qu’elle rencontre
Pierre Joye, tout à la fois brillant économiste et fervent critique
de cinéma. Il deviendra le compagnon de Rosine, « les
plus belles années de ma vie » »,
dira-t-elle. Ils forment un couple attirant qui mêle le sérieux et
la causticité, l’humour et l’engagement et sera pour beaucoup le
visage le plus séduisant du communisme belge. Pierre Joye avait
publié un ouvrage « Les
trusts en Belgique »
qui le premier met en évidence la concentration capitaliste dans
notre pays avec les conséquences politiques qu’elle implique. Avec
Pierre Joye, Rosine signera ensuite « Les trusts au Congo »
qui, comme le souligne Chauvier, « sera
largement reconnu comme l’un des éclairages majeurs sur les enjeux
et les jeux des grandes compagnies exploitant les richesses de la
colonie jusqu’à saboter son indépendance ».
Mais c’est un autre ouvrage, plus inattendu, « qui sera
probablement l’apport le plus original de Rosine Lewin à la pensée
communiste belge » : « L’Eglise et le mouvement ouvrier
en Belgique » (1967)[5].
Ce
que Chauvier appellera avec tendresse « la passion de sœur
Rosine » accouchera d’une histoire originale et inédite du
catholicisme belge. Un point de vue débarrassé des clichés
anticléricaux de la gauche (surtout socialiste) et qui va ouvrir un
dialogue dont on n’a pas fini de mesurer l’importance tant il va
bousculer les aprioris tant politiques que sociétaux. Il va ouvrir
la voie au rassemblement des progressistes, influencer la ligne du
parti. Plus fondamentalement encore, Rosine Lewin sera la pionnière
du dialogue fécond entre chrétiens et marxistes qui va se
développer dans la décennie 60/70.
Lewin-Chauvier :
une complicité complexe et emblématique
Dans
la dernière partie du livre — qui n’est pas la moins
passionnante — le point de vue change : l’auteur devient
acteur. Ce temps, explique Jean-Marie Chauvier « s’enfonce
dans les sinuosités et les impasses du labyrinthe communiste :
les rapports du Parti avec le PC soviétique, en l’occurrence dans
les parcours distincts et croisés de Rosine Lewin, rédactrice en
chef du Drapeau Rouge et le mien en qualité de son correspondant en
URSS. (…) Je situe le parcours de Rosine Lewin, précise-t-il, en
rapport avec ma propre expérience des années soviétiques (séjour
permanent de 1964 à 1969 puis épisodique au cours des
années 1980-2000 »). Cette
expérience enrichit sa connaissance déjà approfondie de l’univers
soviétique et fait de Jean Marie Chauvier l’un de ses meilleurs
connaisseurs. Cela se traduira bien sûr par ses articles dans le
Drapeau rouge, mais aussi plus tard par des reportages pour la RTBF,
des contributions au Monde Diplomatique et la publication d’un
ouvrage fondateur “URSS :
une société en mouvement[6]”.
Une expertise qui ne sera que trop peu exploitée par les médias
traditionnels.
“Rencontres,
divergences, convergences”
émaillent les échanges entre deux communistes sincères et
critiques. «
La seule différence (de taille) entre Rosine et moi, en matière de
soviétisme, est qu’elle a connu la résistance et le stalinisme
pur jus, pas moi”
écrit Chauvier qui, lui, entre au parti en 1959. Sans que des ordres
lui soient donnés, le correspondant du journal communiste est censé
mettre en valeur les réussites de l’URSS. Mais il ne tombe
évidemment pas dans la propagande. Par ses contacts avec le peuple
soviétique que Chauvier admire sincèrement, il va aussi mettre en
évidence les contradictions puis les déviations du système et les
débats internes qui l’agitent. Ce qui provoque des hérissements
chez les dirigeants du PCB. Rosine
Lewin
n’est pas loin de partager les analyses de son correspondant.
Elle-même et Pierre Joye entretiennent des relations suivies avec
quelques-uns des dirigeants soviétiques les plus “ouverts”. Mais
la rédactrice en chef incite à la prudence : “elle me
paraissait surtout soucieuse de me protéger de mes propres audaces…
et des réactions exaspérées qu’elles pourraient susciter en
Belgique, à la base du parti” (en grande partie toujours d’une
grande fidélité à Moscou).
Au
vu des débats mêmes discrets et non publics en URSS, Chauvier,
comme la plupart des communistes critiques, pense encore que “le
régime soviétique ne pouvait que s’améliorer, donc se
démocratiser ». Mais il ajoute : « Cette
croyance, pour moi, s’est progressivement effritée, et reçut son
coup de grâce en 1968 ». L’issue du Printemps de Prague
sera en effet décisive pour Jean Marie Chauvier qui avait écrit de
nombreux articles (pas tous publiés) sur les chances que
représentait l’expérience socialiste tchécoslovaque et les
attaques soviétiques dont elle était l’objet. Il se fait que
Rosine Lewin et Pierre Joye sont à Moscou — en vacances — le 21
août 1968, le jour de l’intervention des chars soviétiques à
Prague. Ils vont immédiatement demander des explications à leurs
interlocuteurs soviétiques qui se contentent de justifier
l’intervention… ‘On quittait Moscou, amers, inquiets,
en colère’, racontera Rosine Lewin.
Mais
à Bruxelles, dès le 21 août, le Bureau politique du PCB
affirme ‘ne pouvoir approuver l’intervention militaire’ à
Prague. Pour la première fois, le Parti prend publiquement ses
distances à l’égard d’un acte majeur de la politique
soviétique. Cette rébellion ne durera pas. Notamment sous la
pression de ses fédérations ouvrières demeurées philosoviétiques,
le PCB rentrera dans le rang et approuvera la ‘normalisation’
imposée par Moscou. Position confirmée par le Congrès de novembre
1968. Chauvier souligne « l’occasion historique fut
manquée, d’un réexamen en profondeur de la conception du
socialisme et du rapport au modèle soviétique’. Une fois
encore, donc, une occasion manquée. Ce ne sera pas la dernière.
Après
1969, Jean Marie Chauvier ‘choisit la dissidence’ du moins
en ce qui concerne l’URSS et la normalisation tchécoslovaque. Une
normalisation qui va se propager à Bruxelles. L’ancien
correspondant à Moscou — il a été rappelé après ces événements
— mais toujours membre de la rédaction du Drapeau Rouge se voit
interdire d’encore s’exprimer sur les questions soviétiques.
Comme il persiste et signe, il sera exclu du parti en 1973, ou plutôt
expulsé sans les formes requises. Aucun de ceux qui étaient proches
de ses positions ne s’y opposa publiquement.
Bien
entendu, dans ses écrits, Chauvier suivra passionnément la période
de la Perestroïka initiée dans la douleur par Michaël Gorbatchev
(1988-1991). Pendant un temps une illusion réconfortante laisse
penser que le changement est possible et qu’un nouveau modèle
socialiste est possible. En Europe, au milieu des années 70,
l’eurocommunisme a fait long feu (encore une occasion manquée….)
Et le projet du communisme démocratique porté par Enrico Berlinguer
s’évanouit avec l’autodissolution du Parti Communiste
Italien.[7] Paradoxe
de l’histoire, c’est de Moscou qu’une promesse de changement et
d’alternative semble se dessiner. On sait ce qu’il en advint…
L’horizon
communiste, malgré tout…
De
son côté, le Parti Communiste Belge achève sa course. Le déclin
est inéluctable. Depuis 1985, le Parti n’a plus de représentation
parlementaire et ses dernières troupes s’effilochent. Un dernier
chapitre à la fois paradoxal et significatif se déroule en 1987.
Rosine Lewin est alors rédactrice en chef des Cahiers Marxistes, une
revue qui joue un rôle considérable notamment dans l’ouverture
vers d’autres forces de gauche et dans la production d’analyses
débarrassées de l’orthodoxie intellectuelle. Rosine propose alors
à Jean-Marie Chauvier — l’exclu — de l’amener à Moscou pour
mener l’enquête sur la Perestroïka naissante. Cela donnera un
dossier des Cahiers Marxistes paru en septembre 1987 qui fera
autorité sur le sujet… même si celui-ci sera bientôt dépassé
avec la victoire de Boris Eltsine et du capitalisme débridé en
Russie.
Le
livre comporte bien d’autres chapitres notamment quant au rôle du
Parti sur les enjeux nationaux avec ses apports originaux et ses
échecs.[8] Mais
il est d’abord centré sur la question soviétique. Car qu’on le
veuille ou non, la question du rapport à l’URSS a toujours été
centrale dans la définition du projet communiste. C’est d’abord,
mais non seulement, pour cela que l’ouvrage de Jean Marie Chauvier
est précieux et qu’il nous éclaire d’une manière originale sur
l’étude d’un chapitre historique déterminant du XXe siècle.
Et, pour raconter cette histoire, il ne pouvait trouver meilleure
complice que Rosine Lewin dont il ressuscite la mémoire pour notre
plus grand bonheur. ‘Rosine, rappelle-t-il, orpheline
du parti, se dira convaincue de l’échec du communisme du
XXe siècle,
assurant même que la disparition des régimes de l’Est était une
bonne chose’.
Mais
contrairement à de nombreux ‘ex ’, elle ne sera jamais une
communiste repentie. Le reniement alimenté par un anticommunisme
sans communisme qui poursuit sa carrière médiatique lui était
totalement étranger. Elle le répétait avec force à la fin de sa
vie. Elle n’acceptait pas le triomphe du néolibéralisme débridé
et sans en connaître la voie, elle imaginait toujours un avenir pour
l’idée communiste. Ce que le grand dirigeant de la gauche du Parti
Communiste Italien, Pietro Ingrao appelait ‘l’horizon
communiste’. Rosine Lewin incarnait bien cette ‘part de lumière
du communisme’ et nul autre que Jean-Marie Chauvier ne pouvait la
rapporter avec autant de justesse.
[1] Editions
du Cerisier, Place Publique, Cuesmes, 2026, 293 p, 23 €
[2] José
Gotovitch, Du rouge au tricolore. Résistance et parti communiste ,
Editions Labor, Archives du futur/histoire, 1992. Réédition,
CArCoB, 2023
[3] Dans
de nombreuses conversations que nous avons eues et notamment dans le
film « 18-20 avenue de Stalingrad » où je retraçais
l’histoire du parti avec elle et trois autres anciens dirigeants du
PCB.
[4] C’est
nous qui soulignons,
[5] Un
ouvrage qui reste aussi plus modestement une référence personnelle
puisque ma première interview comme journaliste stagiaire à la RTB
sera celle de Rosine Lewin et Pierre Joye…
[6]Préface
de Claude Julien, Ed. de l’Aube, 1988.Redd.augmentée, 1992.
[7] À
ce sujet, je me permets de renvoyer à mon ouvrage « L’héritage
perdu du PCI — une histoire du communisme démocratique », Les
Impressions nouvelles, Bruxelles, 2024
[8] Le
lecteur découvrira sans doute l’importance du Congrès de Vilvorde
de 1954 où, un an après la mort de Staline, le PCB plaide pour la «
libre discussion » ( « Ce n’est pas une tolérance, c’est une
nécessité ») et où il amorce une voie nationale vers le
socialisme. Il constatera, par ailleurs, que dans les années 70, la
sclérose idéologique l’empêchera de prendre suffisamment en
considération les nouvelles revendications du féminisme ou de
l’écologie. Toujours les occasions manquées…
Les
illustrations proviennent de mon film « 18-20 avenue de
Stalingrad »