giovedì 4 giugno 2026

La passione dei classici

A lezione di Classici fra le brande nella scuola requisita

L’estratto dell’«Autocronologia»

Alberto Arbasino
Il Sole 24ore, 31 maggio 2026

Si arrivava in bicicletta alle librerie di Pavia, fermandosi poco, tra gli allarmi aerei; erano pericolosi i ponti di barche sul Po e sul Ticino, strettissimi, sia per mitragliamenti improvvisi sia perché invece dei parapetti avevano solo un filo metallico all’altezza dei pedali, che vi si potevano impigliare. Dalle date risulta che Montale e Campana furono acquistati nel ’44, Quasimodo nel ’45, Ungaretti nel ’46, The Albatross Book of Living Verse nel ’47; e Il Tesoretto. Almanacco dello Specchio 1942-XX, prima di tutti. (In quegli Indici, Gadda non c’era). Ma le prime intimazioni di realismo furono sconcertanti: Gino Cervi si gratta il sedere levandosi all’alba nel film Quattro passi tra le nuvole, mentre in un bestseller Bompiani di Cronin uno zio catarroso espettora su quadratini di giornale.

Oltre alle vacanze estive, alla Rivetta si passarono tutti gli anni dello sfollamento. Mesi al mare, in villette fra orti e giardini e figurine di Biancaneve e ceramiche a Finalmarina, Albisola, Celle Ligure. D’inverno, in un appartamento sul mare e le ondate a Pegli, con la tosse asinina e la cuoca Carolina che ripeteva «non mi Pegli più». In montagna, prima a Ortisei, poi sull’Appennino più vicino. Nell’estate del 1943 ero in collegio, un ex-grande albergo di Ponte di Legno dove la sera del 25 luglio abbiamo ascoltato alla radio il discorso di Badoglio: e la mattina dopo erano già partiti i figli dei gerarchi. L’istituto era svizzero e laico, però molto visitato da don Siri, poi cardinale di Genova, a causa di parecchi rampolli di prosapie liguri (d’altronde per lo più allievi di due cugine Arbasino insegnanti all’istituto gesuitico Arecco: mentre una sorella della mamma era professoressa a Bolzano). Ma lì i miei amici migliori erano Sandro e Maurizio Chiari, di Parma, allievi di Attilio Bertolucci e di Pietro Bianchi. Ci scambiavamo Comisso, Vittorini, Caldwell, James Cain, Ungaretti, Montale, notizie su Proust, e salamini.

La tremenda estate del ’44 la incominciammo a Sant’Albano, nell’alta Valdinizza, dove i partigiani di Luchino Dal Verme stavano impiantando un accampamento nei boschi di Oramala, secondo l’abituale Medio Evo appenninico: ancora assai feudale, nelle rocche dei signorotti e nei covi delle bande, con rapimenti e riscatti e taglie e rappresaglie e atrocità. Mentre la nonna “Mia”, per salvare le figlie e i nipotini dai bombardamenti, era sfollata presso il parroco di Romagnese, altro futuro partigiano tra i più ricercati.

Tutti dovemmo dunque scappare (anche con sensazioni vivissime e poi mai sfruttate: le foglie davanti alla faccia perforate in fila dalla mitraglia dei caccia alleati, buttandoci automaticamente nei fossi in vigna se ci piombavano sopra le teste).

E lì cominciarono i rastrellamenti e gli incendi delle truppe mongole nell’esercito tedesco mentre il generale Alexander proclamava il rinvio dell’offensiva alla stagione prossima. Spari notturni di bande anche in cortile: tutte le cancellate ottocentesche disegnate dal nonno erano state requisite per la patria (e giacquero in una discarica fin dopo la fine della guerra). Bisognava nascondere gli “airedales” perché i cani di razza hanno spesso istinti protagonistici.

Si mitragliavano anche le faraone sugli alberi. Fra gli ammazzamenti anche successivi dei civili per strada o in casa. E le devote: «Ce lo siamo meritato!». Uno scolaretto fu brevemente notorio perché invitato a spiare le SS in pianura, poi riferì in montagna: «Tutti belli e cattivi».

Ma da Milano si sfollava ancora su Voghera. Nel passeggio lungo la via Emilia appariva caratteristico e immancabile il pittore astrattista Atanasio Soldati, con gli artisti locali. Chissà se vendé quadri.

La scuola fu dura specialmente negli ultimi inverni di guerra, perché da casa nostra al liceo erano circa quindici chilometri, si potevano fare solo in bicicletta, ma la strada restava gelata per mesi, i controlli ai posti di blocco erano continui, e quando s’abbassava un aereo per mitragliare bisognava buttarsi nei fossi, spesso fra le pallottole. («Hai visto la testolina del pilota?»).

Non girava neanche una macchina (la nostra Ardea era sepolta fra le balle di paglia per salvarla dalla requisizione), un solo autobus passava la sera a fari spenti, e il padre di un mio compagno di banco, un magnate genovese, avendo chiesto un passaggio a un carretto di botti per salire l’erta verso il suo castello, a Montalto, venne mitragliato da un aereo in picchiata e ne morì. Siccome poi il liceo era troppo vicino al nodo ferroviario, lezioni e interrogazioni sui Classici vennero trasferite fra le brande mongole, nelle scuole elementari requisite.

Una certa idea del comunismo

 


Hugues Le Paige

À propos de «Rosine Lewin, le Parti, et moi». Parcours croisés dans les méandres du communisme belge et international.

Le Club de Mediapart, 17 aprile 2016

Jean-Marie Chauvier ( Editions du Cerisier)[1]

«  Mon propos n’était pas, ici, de tirer les enseignements de l’aventure communiste et de son dénouement, encore moins de ses lendemains, mais bien de situer ce que fut, en leur sein, le parcours d’une personne proche et exceptionnelle. C’est du côté de l’intelligence et de la générosité, dans la “part de lumière” du communisme que rayonnait la figure de Rosine Lewin. » : ainsi s’achève le passionnant essai de Jean Marie Chauvier, "Rosine Lewin, le Parti, et moi", ce parcours croisé dans les méandres du communisme belge et international", comme le précise le titre de l'ouvrage. "Ce bilan nécessaire et courageux est unique", écrit justement Pierre Gillis dans sa préface.D’une manière critique, et loin des reniements qui ont trop souvent dominé l’historiographie de l’épisode communiste du XXe siècle, Chauvier pose toutes les questions et n’élude aucune des contradictions qui ont hanté les acteurs les plus lucides d’une aventure humaine et collective qui a longtemps été pour les peuples le “soleil de l’avenir”. Rien n’est éludé : la dictature du prolétariat devenue la dictature du parti, les massacres de Staline ou la répression des dissidents. Rien n’est oublié : la transformation d’une société arriérée, l’accès à l’enseignement, à la santé et à la culture, les moments d’espérance qui butaient sur des périodes de désespoir. Les succès, les tragédies et l’échec final sont confrontés au contexte historique qui permet de comprendre la complexité d’une aventure politique, idéologique et humaine tissée de mille drames. Il fallait pour cela le regard croisé et posthume de deux militants du Parti Communiste de Belgique (PCB) qui ont incarné, chacun à leur manière, mais toujours critique, ce que ce parti portait comme indéniable espoir et comme potentialité trop souvent déçue.

Le choix d’être communiste

Il y a donc trois personnages sur scène. D’abord Rosine Lewin (1920-20). Elle naît
à Anvers dans une famille de la nouvelle bourgeoisie juive de l’immigration de l’Est (Pologne). Plus tard, Rosine s’expliquera sur cet héritage “irrécusable”. “En fin de compte, je suis juive avant tout parce qu’avec des millions d’êtres humains, Joseph Lewin et Esther Farber, mes parents ont été gazés à Auschwitz au seul motif qu’ils étaient juifs”. Mais elle ajoutait que si elle n’avait pas choisi d’être juive, elle avait bien choisi d’être communiste.

C’est à l’Université Libre de Bruxelles où elle entre à l’âge de 17 ans qu’elle sera gagnée, une fois pour toutes, par la politique. Elle se mobilise pour les Républicains espagnols et contre la montée du fascisme en Europe. Quand la Belgique est occupée, Rosine Lewin choisit le périlleux destin de la résistance. Si elle fréquente déjà des militants communistes, c’est la rupture du pacte germano-soviétique qui l’autorise à rejoindre le Parti. Sa sœur Félicie et son compagnon Jean Guillissen sont eux aussi entrés dans la résistance, ils sont arrêtés par la Gestapo en avril 1942. Jean est condamné à mort et exécuté. Fel est envoyée à Auschwitz dont elle ne reviendra pas. Famille déportée, famille décimée.

Pour retracer cet itinéraire, Jean Marie Chauvier analyse son contexte historique et idéologique tant belge qu’international. Dans la précision et l’érudition.  De l’avant-guerre et de ses espérances à la libération et ses perspectives en passant par la montée de fascisme et de l’antisémitisme et les crimes qui ont émaillé la Seconde Guerre mondiale. La préparation inéluctable de la Shoah et sa mise en application par l’Allemagne nazie que les Alliés, informés depuis 1942, ne voulaient pas voir. L’auteur rappelle ce chiffre terrible généralement omis ou sous-estimé par la grande majorité des historiens : “la totalité des victimes soviétiques civiles et militaires est évaluée à 24-27 millions, ce qui fait près de la moitié des morts de la Deuxième Guerre mondiale”. Un bilan effroyable qui laissera évidemment des traces.

Mais  il y a aussi les méandres du mouvement communiste international qui, de 1928 à 1935, passe du sectarisme “de classe” au Front populaire avec toutes les  contorsions imposées aux différents PC nationaux. Les militants communistes doivent s’adapter et acceptent généralement que la défense de l’Union Soviétique, la patrie du socialisme, soit la seule priorité. Mais comme Rosine, ils sont libérés quand le Pacte germano-soviétique qui a bien été une collaboration active entre les deux régimes est rompu par Berlin qui lance son offensive coloniale contre l’URSS. Pour bon nombre d’entre eux déjà engagés dans la résistance, les choses rentrent dans une logique idéologique tant malmenée. Et presque naturellement, avec le Front de l’indépendance, les communistes seront à l’avant-garde de la résistance armée. Ils en paieront le prix le plus fort. Y compris dans le contexte politique de la Libération.

Le Parti des occasions manquées

Chauvier rapporte ce témoignage (bien plus tardif) de Rosine : “Le prix payé — avant tout en hommes — dans la lutte clandestine par les communistes fut dramatiquement disproportionné par rapport au poids du Parti sur le devenir de la Belgique après septembre 1944.” À la Libération, le Parti Communiste est certes auréolé de son rôle primordial dans la Résistance. Durant la résistance, il avait préparé “un soulèvement national qui devait restaurer un ordre démocratique qui ne serait pas la simple restauration du régime d’avant-guerre”. Une partie de la base communiste a rêvé de la révolution. Projet irréaliste face au rapport de force : les armées anglo-américaines veillent au grain (comme partout en Europe occidentale) et les partis traditionnels mettent immédiatement en œuvre le compromis social préparé à Londres. Le PCB fera partie des gouvernements de 1944 à 1947, mais à des postes subalternes et malgré un score électoral notable en 1946 (13 % des voix au niveau national), il n’a pas pu convertir en capital politique la popularité que lui avait valu son rôle dans la résistance.

On peut certes considérer que le PCB (comme tous les autres) a respecté le partage des zones d’influence prévu par les accords de ladite Conférence de Yalta, mais le réalisme du rapport de force ne permettait rien d’autre en Europe occidentale. Ici Jean Marie Chauvier reprend l’analyse de José Gotovich, référence absolue en ce qui concerne l’histoire du PCB[2], qui “estime qu’une occasion fut manquée par le Parti — non pas la révolution (…), mais l’absence d’une ligne rénovatrice, lacune déjà observée pendant la guerre”. Occasion manquée : l’expression reviendra à plusieurs reprises sous la plume de Chauvier. À tel point — on le verra — que l’on peut se demander si au-delà de ses contributions importantes aux luttes sociales, politiques, culturelles et sociétales, le PCB n’aura pas été le parti des occasions manquées…

L’homme communiste, c’est celui qui met l’homme au-dessus de lui-même” écrit Aragon en 1946. Rosine Lewin, comme la plupart des communistes, partage cette foi en l’homme communiste.

Rosine Lewin: le choix d’être communiste

Plus tard, au soir de sa vie, Rosine insistera sur cet aspect de la “foi” inséparable de l’engagement communiste,[3] mais qui refuse de prendre la place de la rationalité.Rosine sera toujours une militante et une dirigeante fidèle au parti au sein duquel elle exerce aussi son sens critique. Son témoignage dans les années 2000 rend bien compte de ce balancement : “Au-delà des convictions idéologiques, orgueil et certitude ont contribué à forger une mythologie et ont soutenu — et aveuglé — ceux qui s’engageaient dans le Parti. On se voyait comme des acteurs de l’Histoire, acteurs éclairés et enthousiastes, bien sûr (…) Mais (l’enthousiasme) était fonction de notre ignorance (volontaire ou involontaire) de certains développements du ‘socialisme réalisé. Ainsi avons-nous, pendant un temps cessé de connaître le doute, assignant à la critique — outil majeur du marxisme — des limites qui ont vicié notre jugement” Et cependant, ajoute-t-elle dans le même souffle, quelles qu’aient été nos certitudes, nous avions de vrais débats[4]». Le double chemin, celui des certitudes et du doute, la critique limitée et les vrais débats. Telle était pleinement Rosine Lewin.

En 1953, à la mort de Staline elle est en pleurs comme tout le peuple communiste.

Hommage du PCB à la mort de Staline

Mais trois ans plus tard, en 1956, elle est à Moscou lors du XXe Congrès du PC URSS. Elle vit le choc du rapport Khrouchtchev comme « un grand moment : un parti capable de mettre à nu ses propres turpitudes et responsabilités devait pouvoir vaincre obstacles et inerties » pense-t-elle alors. Elle ajoutera plus tard : « J’avais tort ». Dans son ouvrage, Jean-Marie Chauvier analyse en profondeur « la déstalinisation selon des méthodes staliniennes », ses limites et ses effets néanmoins salutaires ».

Militante et dirigeante

Alors que la guerre froide est déclarée, à peine a-t-elle quitté sa fonction dans le cabinet d’un ministre communiste, Rosine Lewin est nommée secrétaire nationale du Rassemblement des Femmes pour la Paix. C’est tout sauf honorifique. La « féministe de classe » descend sur le terrain et va à la rencontre des femmes au travail dans la Flandre profonde. Politisation des femmes, revendications salariales et conditions de travail, approche préféministe, c’est le véritable travail sur le territoire. Un travail éreintant, sans relâche dont on n’a plus idée aujourd’hui (à l’exception sans doute d’une partie des militant. e. s du PTB), mais qui est la condition même de l’enracinement politique. Comme la plupart des cadres communistes, les dirigeants restent avant tout des militants. Mais Rosine Lewin va surtout s’épanouir dans la presse communiste.

Rosine Lewin au « marbre » du Drapeau Rouge

En 1957, elle entre comme journaliste au Drapeau Rouge qu’elle dirigera par la suite. Mais c’est aussi là qu’elle rencontre Pierre Joye, tout à la fois brillant économiste et fervent critique de cinéma. Il deviendra le compagnon de Rosine, « les plus belles années de ma vie » », dira-t-elle. Ils forment un couple attirant qui mêle le sérieux et la causticité, l’humour et l’engagement et sera pour beaucoup le visage le plus séduisant du communisme belge. Pierre Joye avait publié un ouvrage « Les trusts en Belgique » qui le premier met en évidence la concentration capitaliste dans notre pays avec les conséquences politiques qu’elle implique. Avec Pierre Joye, Rosine signera ensuite « Les trusts au Congo » qui, comme le souligne Chauvier, «  sera largement reconnu comme l’un des éclairages majeurs sur les enjeux et les jeux des grandes compagnies exploitant les richesses de la colonie jusqu’à saboter son indépendance ». Mais c’est un autre ouvrage, plus inattendu, « qui sera probablement l’apport le plus original de Rosine Lewin à la pensée communiste belge » : « L’Eglise et le mouvement ouvrier en Belgique » (1967)[5].

Ce que Chauvier appellera avec tendresse « la passion de sœur Rosine » accouchera d’une histoire originale et inédite du catholicisme belge. Un point de vue débarrassé des clichés anticléricaux de la gauche (surtout socialiste) et qui va ouvrir un dialogue dont on n’a pas fini de mesurer l’importance tant il va bousculer les aprioris tant politiques que sociétaux. Il va ouvrir la voie au rassemblement des progressistes, influencer la ligne du parti. Plus fondamentalement encore, Rosine Lewin sera la pionnière du dialogue fécond entre chrétiens et marxistes qui va se développer dans la décennie 60/70.

Lewin-Chauvier : une complicité complexe et emblématique

Dans la dernière partie du livre — qui n’est pas la moins passionnante — le point de vue change : l’auteur devient acteur. Ce temps, explique Jean-Marie Chauvier « s’enfonce dans les sinuosités et les impasses du labyrinthe communiste : les rapports du Parti avec le PC soviétique, en l’occurrence dans les parcours distincts et croisés de Rosine Lewin, rédactrice en chef du Drapeau Rouge et le mien en qualité de son correspondant en URSS. (…) Je situe le parcours de Rosine Lewin, précise-t-il, en rapport avec ma propre expérience des années soviétiques (séjour permanent de 1964 à 1969 puis épisodique au cours des années 1980-2000 »). Cette expérience enrichit sa connaissance déjà approfondie de l’univers soviétique et fait de Jean Marie Chauvier l’un de ses meilleurs connaisseurs. Cela se traduira bien sûr par ses articles dans le Drapeau rouge, mais aussi plus tard par des reportages pour la RTBF, des contributions au Monde Diplomatique et la publication d’un ouvrage fondateur “URSS : une société en mouvement[6]”. Une expertise qui ne sera que trop peu exploitée par les médias traditionnels.

Rencontres, divergences, convergences” émaillent les échanges entre deux communistes sincères et critiques. «  La seule différence (de taille) entre Rosine et moi, en matière de soviétisme, est qu’elle a connu la résistance et le stalinisme pur jus, pas moi” écrit Chauvier qui, lui, entre au parti en 1959. Sans que des ordres lui soient donnés, le correspondant du journal communiste est censé mettre en valeur les réussites de l’URSS. Mais il ne tombe évidemment pas dans la propagande. Par ses contacts avec le peuple soviétique que Chauvier admire sincèrement, il va aussi mettre en évidence les contradictions puis les déviations du système et les débats internes qui l’agitent. Ce qui provoque des hérissements chez les dirigeants du PCB. Rosine

Lewin n’est pas loin de partager les analyses de son correspondant. Elle-même et Pierre Joye entretiennent des relations suivies avec quelques-uns des dirigeants soviétiques les plus “ouverts”. Mais la rédactrice en chef incite à la prudence : “elle me paraissait surtout soucieuse de me protéger de mes propres audaces… et des réactions exaspérées qu’elles pourraient susciter en Belgique, à la base du parti” (en grande partie toujours d’une grande fidélité à Moscou).

Au vu des débats mêmes discrets et non publics en URSS, Chauvier, comme la plupart des communistes critiques, pense encore que “le régime soviétique ne pouvait que s’améliorer, donc se démocratiser ». Mais il ajoute : « Cette croyance, pour moi, s’est progressivement effritée, et reçut son coup de grâce en 1968 ». L’issue du Printemps de Prague sera en effet décisive pour Jean Marie Chauvier qui avait écrit de nombreux articles (pas tous publiés) sur les chances que représentait l’expérience socialiste tchécoslovaque et les attaques soviétiques dont elle était l’objet. Il se fait que Rosine Lewin et Pierre Joye sont à Moscou — en vacances — le 21 août 1968, le jour de l’intervention des chars soviétiques à Prague. Ils vont immédiatement demander des explications à leurs interlocuteurs soviétiques qui se contentent de justifier l’intervention… ‘On quittait Moscou, amers, inquiets, en colère’, racontera Rosine Lewin.

Mais à Bruxelles, dès le 21 août, le Bureau politique du PCB affirme ‘ne pouvoir approuver l’intervention militaire’ à Prague. Pour la première fois, le Parti prend publiquement ses distances à l’égard d’un acte majeur de la politique soviétique. Cette rébellion ne durera pas. Notamment sous la pression de ses fédérations ouvrières demeurées philosoviétiques, le PCB rentrera dans le rang et approuvera la ‘normalisation’ imposée par Moscou. Position confirmée par le Congrès de novembre 1968. Chauvier souligne «  l’occasion historique fut manquée, d’un réexamen en profondeur de la conception du socialisme et du rapport au modèle soviétique’. Une fois encore, donc, une occasion manquée. Ce ne sera pas la dernière.

Après 1969, Jean Marie Chauvier ‘choisit la dissidence’ du moins en ce qui concerne l’URSS et la normalisation tchécoslovaque. Une normalisation qui va se propager à Bruxelles. L’ancien correspondant à Moscou — il a été rappelé après ces événements — mais toujours membre de la rédaction du Drapeau Rouge se voit interdire d’encore s’exprimer sur les questions soviétiques. Comme il persiste et signe, il sera exclu du parti en 1973, ou plutôt expulsé sans les formes requises. Aucun de ceux qui étaient proches de ses positions ne s’y opposa publiquement.

Bien entendu, dans ses écrits, Chauvier suivra passionnément la période de la Perestroïka initiée dans la douleur par Michaël Gorbatchev (1988-1991). Pendant un temps une illusion réconfortante laisse penser que le changement est possible et qu’un nouveau modèle socialiste est possible. En Europe, au milieu des années 70, l’eurocommunisme a fait long feu (encore une occasion manquée….)  Et le projet du communisme démocratique porté par Enrico Berlinguer s’évanouit avec l’autodissolution du Parti Communiste Italien.[7] Paradoxe de l’histoire, c’est de Moscou qu’une promesse de changement et d’alternative semble se dessiner. On sait ce qu’il en advint…

L’horizon communiste, malgré tout…

De son côté, le Parti Communiste Belge achève sa course. Le déclin est inéluctable. Depuis 1985, le Parti n’a plus de représentation parlementaire et ses dernières troupes s’effilochent. Un dernier chapitre à la fois paradoxal et significatif se déroule en 1987. Rosine Lewin est alors rédactrice en chef des Cahiers Marxistes, une revue qui joue un rôle considérable notamment dans l’ouverture vers d’autres forces de gauche et dans la production d’analyses débarrassées de l’orthodoxie intellectuelle. Rosine propose alors à Jean-Marie Chauvier — l’exclu — de l’amener à Moscou pour mener l’enquête sur la Perestroïka naissante. Cela donnera un dossier des Cahiers Marxistes paru en septembre 1987 qui fera autorité sur le sujet… même si celui-ci sera bientôt dépassé avec la victoire de Boris Eltsine et du capitalisme débridé en Russie.

Le livre comporte bien d’autres chapitres notamment quant au rôle du Parti sur les enjeux nationaux avec ses apports originaux et ses échecs.[8] Mais il est d’abord centré sur la question soviétique. Car qu’on le veuille ou non, la question du rapport à l’URSS a toujours été centrale dans la définition du projet communiste. C’est d’abord, mais non seulement, pour cela que l’ouvrage de Jean Marie Chauvier est précieux et qu’il nous éclaire d’une manière originale sur l’étude d’un chapitre historique déterminant du XXe siècle. Et, pour raconter cette histoire, il ne pouvait trouver meilleure complice que Rosine Lewin dont il ressuscite la mémoire pour notre plus grand bonheur. ‘Rosine, rappelle-t-il, orpheline du parti, se dira convaincue de l’échec du communisme du XXe siècle, assurant même que la disparition des régimes de l’Est était une bonne chose’.

Mais contrairement à de nombreux ‘ex ’, elle ne sera jamais une communiste repentie. Le reniement alimenté par un anticommunisme sans communisme qui poursuit sa carrière médiatique lui était totalement étranger. Elle le répétait avec force à la fin de sa vie. Elle n’acceptait pas le triomphe du néolibéralisme débridé et sans en connaître la voie, elle imaginait toujours un avenir pour l’idée communiste. Ce que le grand dirigeant de la gauche du Parti Communiste Italien, Pietro Ingrao appelait ‘l’horizon communiste’. Rosine Lewin incarnait bien cette ‘part de lumière du communisme’ et nul autre que Jean-Marie Chauvier ne pouvait la rapporter avec autant de justesse.

[1] Editions  du Cerisier, Place Publique, Cuesmes, 2026, 293 p, 23 €

[2] José Gotovitch, Du rouge au tricolore. Résistance et parti communiste , Editions Labor, Archives du futur/histoire, 1992. Réédition, CArCoB, 2023

[3] Dans de nombreuses conversations que nous avons eues et notamment dans le film « 18-20 avenue de Stalingrad » où je retraçais l’histoire du parti avec elle et trois autres anciens dirigeants du PCB.

[4] C’est nous qui soulignons,

[5] Un ouvrage qui reste aussi plus modestement une référence personnelle puisque ma première interview comme journaliste stagiaire à la RTB sera celle de Rosine Lewin et Pierre Joye…

[6]Préface de Claude Julien, Ed. de l’Aube, 1988.Redd.augmentée, 1992.

[7] À ce sujet, je me permets de renvoyer à mon ouvrage « L’héritage perdu du PCI — une histoire du communisme démocratique », Les Impressions nouvelles, Bruxelles, 2024

[8] Le lecteur découvrira sans doute l’importance du Congrès de Vilvorde de 1954 où, un an après la mort de Staline, le PCB plaide pour la « libre discussion » ( « Ce n’est pas une tolérance, c’est une nécessité ») et où il amorce une voie nationale vers le socialisme. Il constatera, par ailleurs, que dans les années 70, la sclérose idéologique l’empêchera de prendre suffisamment en considération les nouvelles revendications du féminisme ou de l’écologie. Toujours les occasions manquées…

Les illustrations proviennent de mon film « 18-20 avenue de Stalingrad »

Massimo Troisi, un ritratto

 


Matteo Marchesini
Asilo, 4 giugno 2026

Massimo Troisi non era un satirico in senso stretto: era un comico, nell’accezione più malinconica e atemporale del termine. Ma a differenza di molti travet della satira, sapeva cogliere con sovrana leggerezza i tic apparentemente più labili e più sotterraneamente radicati di una mentalità e di un’epoca. Soprattutto, con incantevole noncuranza, e con un’ironia sottilmente virata in antifrasi, sapeva far riaffiorare al di là di questi tic la ragionevolezza di un senso comune troppo spesso minacciato dalle disarmanti fatalità della storia italiana. Non era un grande regista; ed era un primo attore strano, che non s’imponeva ma piuttosto s’insinuava. Non stupisce dunque che le sue minuziose diatribe, insieme stenografiche e prolisse, prive di climax e di icasticità, abbiano sempre lasciato una parte del pubblico fredda o infastidita. Ma chi l’ha amato rimpiange proprio la stranezza di questo reticente e cincischiante fenomeno attoriale: un fenomeno che non ha eredi, e che malgrado la napoletanità conta forse molti nonni ma nessun vero padre.

Come si fa, sulla carta, a dare un’idea di quell’oratoria troisiana che è esilarante perché estenuante, delusivamente sfumata, antieloquente? Rivediamo Troisi nell’82, in tuta da attrezzista, che davanti a una telecamera manda un accorato messaggio a Pertini. Parlando in tivù, il Presidente ha puntato il dito contro di lui, contro suo padre e suo fratello, che assistevano alla trasmissione in salotto, e ha chiesto minaccioso: «chi ha preso i soldi del Belice?». I familiari si sono guardati a vicenda, perché il gesto era inequivocabile: Pertini accusava proprio loro (se avesse voluto alludere ai ministri e ai potenti, il dito l’avrebbe puntato alle sue spalle, non verso quel povero salotto!). Alla fine l’attrezzista ha domandato al padre se non avesse davvero preso quei soldi, e l’ha ammonito, nel caso, a cacciarli fuori, per non fare una «figur ‘e niente» col Presidente. Ma no, c’è stato uno sbaglio: Pertini sappia che deve cercare in un’altra casa, che lì «nemmeno di passaggio» si son visti, i soldi del Belice. Questo ricordo si porta dietro quello di una satira più lieve. E’ il maggio ‘87, il Napoli ha appena vinto lo scudetto, e Gianni Minà (quel Minà che secondo Troisi non invita bambini nelle sue trasmissioni perché a loro non può chiedere «cosa facevano negli anni Sessanta») va a intervistare l’attore-regista di San Giorgio a Cremano. Troisi finge di non aver ancora saputo la notizia, e col suo tipico tono da alunno impreparato si esibisce in una parodia della retorica giornalistica: «l’hanno già detto “a parte Maradona non dimentichiamo questo meraviglioso pubblico che è stato un dodicesimo giocatore in campo”? L’hanno già detto “Bianchi un allenatore modesto ma capace”? L’hanno già detto “sì va bene festeggiamo ma non dimentichiamo i mille problemi che da secoli si affacciano su Napoli”?». Ovviamente tutto l’ovvio è stato detto, e Troisi si limita allora a una pubblicità progresso, invitando a esultare senza dimenticare acqua e gas aperti, e spiegando perché è rischioso con quel suo tono che rende irresistibili i pleonasmi. Poi, davanti ai tifosi settentrionali che parlano dei napoletani «campioni del Nordafrica», conclude che è meglio essere campioni del Nordafrica che fare striscioni da Sudafrica. Ma subito la voce gli scivola via da questa battuta troppo sonante, troppo “benignesca”... Perché la comicità di Troisi sta nei queruli balbettii, nelle afasie, nelle macchinose contorsioni verbali che provocano un riso simile a un formicolio crescente - riso che non dipende quasi mai da un singolo gesto o da una singola battuta, ma dal ritmo di quella cantilena piagnucolosa, esasperata, stridula, che gli esce a spizzichi dalle labbra sottili piegate in una smorfia di disgusto, e che per restituire le minime vibrazioni di un atteggiamento psicologico s’aiuta col gesticolare sconfortato delle mani, col corpo paperescamente raccolto tra la testa sporgente e le gambe piegate in dentro a difesa. A raccontarle, sembra che di queste cantilene non rimanga niente: e infatti i veri appassionati degli sketch di Troisi non li citano ma li mimano da cima a fondo, imitando perfino la vocetta fessa.

Tuttavia, se il suo eloquio non si può “raccontare”, se ne può almeno analizzare qualche frammento, e tentarne una definizione critica. Per capire come questo comico introspettivo riesca a cogliere i più impalpabili tra i meccanismi che governano le nostre scelte quotidiane, partiamo da Non ci resta che piangere, il film dell’84 in cui Troisi e Benigni si trovano catapultati nel mondo di fine Quattrocento. Benigni si adatta presto; ma Troisi non regge a quella vita violenta e puzzolente. Così una sera, in casa del mitico Vitellozzo, convince l’amico a tentare un esperimento. Forse, dice, il viaggio nel tempo è solo un fatto psicologico. Basta fingere, appena svegli, che non sia successo niente. Ci si alza, si chiacchiera del tran tran di tutti i giorni, si apre il portone, ed ecco che ci si ritroverà nel civile Novecento. Così la mattina, davanti al portone chiuso, i due si concentrano. Benigni imposta la voce, e snocciola frasi zeppe di oggetti novecenteschi: «con ‘sto pneumatico che s’è sgonfiato... senza frigorifero... si va in banca, se non si piglia la scossa con la corrente elettrica si citofona... ti faccio una telefonata e si esce con l’autobus!». Poi Troisi apre il portone e... niente: sulla strada c’è sempre la Toscana di Savonarola. Allora si arrabbia con Benigni, perché ha esagerato con tutti quei nomi moderni: così è chiaro che «se n’accorge». Se n’accorge? Ma chi? «Chi c’ha mandato qua... o tiempo, Dio... è sfacciata accussì». Ecco: Troisi è tutto qua, in questo «è sfacciata accussì», in questa rabdomantica capacità di render perspicue le piccole, imbarazzanti, informi superstizioni dell’italiano qualunque, che per lui non è un pagliaccio né una carogna, ma un eterno adolescente attaccato ad abitudini famigliari da cui gli deriva, insieme con una pigrizia brancatiana, anche una brancatiana diffidenza per ogni grandeur. Davanti al suo umorismo delicato, Benigni si riduce a rozza spalla. Il napoletano è agli antipodi del toscano: non è un clown che spicca sullo sfondo di una grigia realtà comune, ma un anti-clown che restaura il senso comune inquinato da una realtà assurda, parossistica, tronfia.

A volte questa realtà si presenta coi tratti solenni di chi si considera l’incarnazione della Cultura o della Fede: e Troisi smonta una tale solennità riportandola al registro modesto della chiacchiera. «Sa che cosa dice Cooper?» domanda intimidatorio, nel film d’esordio Ricomincio da tre (1981), il professore che Gaetano-Troisi sorprende in vestaglia in casa della zia, e che tenta di dare un supporto teorico al suo rapporto irregolare con la signora. «Cioè, Cooper ha detto tante cose... mica una» abbozza Troisi. «Ricordati che devi morire» gli ripete un predicatore quattrocentesco in Non ci resta che piangere. «Mo’ me lo segno» ribatte lui con voce tremolante.

Ma in genere, l’assurdità del reale ha il volto di personaggi abitati da un’idea fissa, a cui Troisi oppone la fioca voce della ragione. Le spalle delle gag più riuscite sono dei maniaci o dei fanatici. Ad esempio, in Ricomincio da tre è indimenticabile la sequenza in cui l’autostoppista Gaetano viene caricato da Michele Mirabella, un folle che ha deciso di uccidersi proprio andandosi a schiantare con la macchina, per far sembrare la morte un incidente perfino agli occhi divini, e per non scontare quindi il peccato mortale del suicidio. Alla fine Gaetano, con parole simili a quelle di Non ci resta che piangere, lo convince che lassù «loro sempre se n’accorgono» se uno fa peccato, e riesce ad accompagnarlo a un centro di igiene mentale. Ma là trova un altro folle, Marco Messeri, che gl’impone uno stridulo monologo sulla sua invidia per Agnelli e Alain Delon. Nello stesso film, anche Lello Arena e l’entusiasta predicatore americano che vuol risolvere tutto con la «Parola» - per non parlare di Robertino, ometto tiranneggiato dalla madre bigotta – sono in fondo degli ossessivi. Ma quasi dappertutto gli alter ego di Troisi devono fronteggiare dei personaggi secondari rigidi, impermeabili al dialogo, a volte “integrati” proprio perché folli. L’elenco è lungo: si va dal primo Arena fino all’Angelo Orlando di Pensavo fosse amore invece era un calesse (1991). Ma l’attore più portato per ruoli del genere è Messeri. In Pensavo fosse amore questo toscano tarchiato, dall’occhio vitreo, si chiama Enea, e si mette con la donna di Tommaso-Troisi. Tutti lo considerano bellissimo. Solo Tommaso sembra accorgersi di ciò che è ovvio: cioè del fatto che Messeri è bruttarello, ed è pure afflitto da un nome ridicolo. Tipica, qui, anche l’opposizione tra il protagonista, che nei film di Troisi è sempre pigro, sedentario, eduardianamente stanco, e il rivale pratico, dinamico, che sembra saper fare qualunque cosa (viaggia in Oriente, arbitra gare tra barbieri, ipnotizza galline...). Come i battibecchi con le “spalle”, anche la pigrizia di questi alter ego, la loro inadattabilità a lavoro e sport, servono a smascherare il grottesco della società in cui vivono, e in particolare la mania dell’efficienza, lo stolido attivismo, l’agitazione inutile o sopra le righe: sono, insomma, un antidoto contro i fanatici.

Questa contrapposizione assume un’evidenza didascalica in Le vie del Signore sono finite (1987), che mette in scena il fanatismo per eccellenza: il fascismo. E’ qui che davanti a una donna entusiasta dei puntuali treni di regime, il protagonista osserva che se era questo il problema bastava nominare Mussolini capostazione. Ed è qui che Camillo-Troisi, avendo portato due pozioni di sua invenzione, contro la calvizie e contro il dolore, a un gelido burocrate, solo mentre ne vanta la bontà si accorge del ritratto del calvo Duce che campeggia sulla scrivania dell’interlocutore, e apprende che secondo quel Duce «la via della salvezza è segnata dal dolore». Così, con un dietrofront da italiano abituato a piegarsi inerme al potere, trasforma la réclame delle due boccette in una contrita constatazione della loro inutilità. Perché Camillo non è un oppositore: vuole solo essere lasciato in pace. E tuttavia, come certe figure di Brancati, ha una passiva ironia che il fascismo non perdona. Infatti, mentre tutti si integrano, lui è picchiato e arrestato.

A un mondo folle e burattinesco, gonfio di parole roboanti, la comicità di Troisi non oppone battute altrettanto roboanti, pose altrettanto burattinesche e stilizzate: è invece l’ultima, gelatinosa, sommessa difesa dell’uomo che vuol restare integro. Perché qui sta la sua singolarità: mentre i personaggi con cui viene a contrasto diventano maschere sclerotiche, Troisi, pur essendo un comico puro e per giunta napoletano, non è mai una maschera, ma resta un uomo intero. Non ha bisogno delle stilizzazioni che gli attori-registi suoi coetanei usano per distinguersi: delle idiosincrasie di Moretti, o della clownerie di Benigni, o delle macchiette di Verdone (sapientemente sfruttate nell’82 in Morto Troisi, viva Troisi, finto servizio tv sulla sua morte dove i veri “morti” sono i colleghi che lo ricordano, cristallizzati nei loro tic).

Senza questa integrità, che gli permette di adattarsi alle nuances più sottili della psicologia e delle intermittenze del cuore, l’attore Troisi non potrebbe reggere i duetti agrodolci ingaggiati con Mastroianni in Che ora è?, un elegiaco film di Scola su padri e figli. Né potrebbe, nei suoi film, utilizzare le colte sceneggiature di Anna Pavignano, e mantenere come leitmotiv le raffinate analisi del rapporto di coppia. Sono queste analisi ad allontanare i film di Troisi dalla commedia all’italiana, e a impregnarli di quella malinconia umoristica che con mezzi diversi ottiene il Woody Allen meno stilizzato. Chi ama Troisi non riesce a scindere le gag più esilaranti dalle sue descrizioni delle fasi aurorali e poi subito autunnali dell’amore. Verso le donne l’attore avanza sempre di sbieco, con un sorriso storto e timido, mentre si ravvia i capelli o si sistema i vestiti in un gesto cauto e quasi furtivo, già pronto a tirarsi indietro. Ma non ce n’è ragione. Perché Troisi, che non ha una faccia di per sé comica, cioè una di quelle facce che salvo eccezioni (vedi ancora Allen) condannano a ruoli grotteschi e impediscono ogni introspezione, è quasi un bello: e gli basta poco per diventare un seduttore - anche se un seduttore pigro, incerto, antivirile.

Tra i tanti episodi amorosi ci vengono subito in mente, in Ricomincio da tre, i dialoghi sul tradimento tra Gaetano e Marta. L’infedele Marta, maniaca dell’emancipazione, sostiene che «quando c’è l’amore c’è tutto»; ma Gaetano la corregge: «no, chella è ‘a salute». E chi non ricorda la loro discussione sul nome da dare al figlio? Lui sostiene che «Mas-si-mi-lia-no» è troppo lungo: il tempo di scandirne le sillabe, e il pargolo che si vorrebbe richiamare all’ordine sarà già andato a combinar disastri chissà dove. Meglio il breve «Ugo»: il bambino verrà su «più educato». Gli alter ego di Troisi sono così presi dai tira e molla sentimentali, che a volte l’innamoramento agisce sul fisico. Il protagonista di Le vie del Signore sono finite vive in carrozzella per attirare le attenzioni della donna che l’ha lasciato: ennesima versione del Troisi indolente, ipocondriaco, seduttivo, e della sua “comicità psicosomatica”. Ma l’innamoramento può anche far scordare l’ipocondria. In Scusate il ritardo, Vincenzo è a letto con la febbre. Gli sanguina il naso, e teme sia un’emorragia, sebbene la sua mammona partenopea gli ripeta che è un raffreddore. Ma quando entra a trovarlo la bella Giuliana De Sio, ribalta le carte: la mamma, che apprensiva!, ha paura di un’emorragia, mentre lui sa bene che gli si è solo rotta «’na venuzza dint ‘o naso»... A volte, come in quel manualetto sulla coppia che è Pensavo fosse amore, i discorsi teorici brancatianamente prevalgono sulla vita sentimentale vissuta. Ma le scene più frequenti, nella fenomenologia troisiana dell’eros, sono quelle in cui, per riempire gli imbarazzanti silenzi davanti a una donna, il seduttore diventa logorroico. Nei film di Troisi c’è sempre una ragazza che assiste con un sorriso, non si sa se stordito o ipnotizzato, ai suoi ragionamenti sfilacciati e contorti. In Scusate il ritardo, per sedurre la De Sio, Vincenzo s’imbarca in un racconto del tutto fuori luogo sulla sua infanzia da «terzo della classe», finché la poveretta (come l’amazzone di Non ci resta che piangere) sviene per l’estenuazione.

E’ insomma da un impulso sentimentale che nascono i più ingegnosi e futili discorsi di Troisi sul mondo e sulla vita, le sue invenzioni teoriche fatte di nulla. E queste invenzioni, lo si è detto, non consistono tanto di singole battute, bensì di situazioni verbali. Quasi procedendo a tentoni, il comico si fa prendere la mano da una tesi o da un paragone, e li esagera arzigogolando. Oppure afferra un’iperbole, o una parabola, e le porta sofisticamente all’assurdo calandole nella vita quotidiana. Se parla della Napoli stereotipa di sole, pizze e mandolini, descrive nei dettagli cosa accade dove tutti anziché lavorare suonano uno strumento, mangiano mozzarella o si abbronzano. Nel primo film, quando Gaetano non ne può più di sentire il religioso Frankie che cita i dialoghi tra San Francesco e gli uccelli, gli contrappone questa immagine del Santo: «steva continuamente dint’ agli orecchi de cchiste povere bestie (...) secondo me gli uccelli non lo sopportavano cchiù a San Francesco, cioè appena lo vedevano arrivà» se n’andavano «’n copp’ agli alberi». Morale: «per colpa di San Francesco è nata la migrazione degli uccelli».

Con questa tecnica della dilatazione puntigliosa, Troisi sa ipnotizzare il pubblico per lunghi interminabili minuti mentre filosofeggia sui modi diversi con cui americani e italiani aprono il frigo, o descrive la posa che hanno i carabinieri guardando la tivù, o ancora mentre spiega che non legge libri perché la gara è persa in partenza, dato che lui è uno solo a leggere contro milioni di persone che scrivono. Con la stessa cocciuta cavillosità tenta d’insegnare la scopa a Leonardo da Vinci (Non ci resta che piangere), e di dissuadere un rivale, innamorato come lui di una donna minuta, spiegandogli che le donne minute si rattrappiscono fino a sparire (Le vie del Signore sono finite). E quanto a cavilli, come dimenticare la casistica sui miracoli che apre Ricomincio da tre? Troisi si lamenta del padre, rimasto senza una mano, che prega la Madonna di fargliela ricrescere. Gli sembra assurdo, perché i miracoli mica fanno spuntare arti mancanti. Toccano gente che non ci vedeva e ha riacquistato la vista, ma «i uocchie i tteneva», gente che «nun camminava e po’ ha camminato, ma i ccosce i tteneva». Al che Arena risponde che ci sono «miracoli facili» e «miracoli difficili»: ed è continuando a dibattere su questa distinzione che spariscono dall’obiettivo.

Troisi ha reso comica la puntigliosità, la chiosa che spacca il capello in quattro. E’ napoletanissimo, coi suoi tempi comici perfetti, eppure dentro questi tempi infila tutto ciò che, in modo assai poco napoletano, inceppa l’eloquenza e impedisce l’icasticità dell’espressione. «Prim’ e tutto...»: così iniziano, col gesto di chi mette le mani avanti, i monologhi con cui si difende dalle intimidatorie certezze degli interlocutori, allineando faticosamente una parola dopo l’altra e riportando la disputa sul terreno di un sapere casalingo. Anche le sue battute più famose sono un’ingegnosa difesa della più comune e tenera quotidianità. Quando Arena lo mette davanti alla scelta tra il giorno da leone e i cento da pecora, Troisi chiede se non sia possibile passarne cinquanta da orsacchiotto, così non si fa «’a figur’ ‘e merd’ daa pecora, e nemmeno ‘o leone ca però campa nu jorn’». Era, questa dell’orsacchiotto, la sua vocazione. E avremmo voluto che i suoi cinquanta giorni durassero molto più dei quarant’anni a cui il cuore lo ha fermato.