lunedì 18 maggio 2026

Yvonne de Galais

Meaulnes, il grande Meaulnes, l'eroe del mio libro, è un uomo la cui infanzia fu troppo bella. Durante tutta la sua adolescenza se la trascina dietro. Di tanto in tanto pare che tutto quel paradiso immaginario che fu il mondo della sua infanzia, stia per sbocciare al culmine delle sue avventure... Ma sa già che questo paradiso non può esistere di nuovo»: così Alain-Fournier in una lettera del 1910 all’amico fraterno Jacques Rivière riassume il senso dell’opera che gli ha dato la fama. Delicata fiaba poetica, elegia simbolista, racconto d’avventura, romanzo di formazione: sono molte le interpretazioni proposte per questo libro di culto apparso nel 1913, nel quale Alain-Fournier ha trasfigurato la sua esperienza personale un anno prima di morire al fronte nella battaglia della Marna. Attorno al rimpianto per un amore impossibile divenuto l’ossessione della sua vita, trasformato in simbolo di un mitico paradiso perduto, prende forma un romanzo che è una raffinata parabola sul mistero dell’infanzia, sulla poesia dell’adolescenza con i suoi sentimenti puri e la sua ansia di evasione, sulla ricerca di una felicità irraggiungibile, aspirazione e condanna di ogni umana esistenza. (presentazione editoriale)


Alain-Fournier, pseudonimo di Henri Alban Fournier (1886 -1914), è autore di un solo straordinario romanzo, Il grande Meaulnes, nel quale catturò e trasfigurò l’impalpabile magia del suo primo amore per Yvonne Quiévrecourt (nel romanzo Yvonne de Galais).

L'incontro con Yvonne de Galais

[I]l entendit des pas grincer sur le sable. C’étaient deux femmes, l’une très vieille et courbée; l’autre, une jeune fille, blonde, élancée, dont le charmant costume, après tous les déguisements de la veille, parut d’abord à Meaulnes extraordinaire. Elles s’arrêtèrent un instant pour regarder le paysage, tandis que Meaulnes se disait, avec un étonnement qui lui parut plus tard bien grossier: – Voilà sans doute ce qu’on appelle une jeune fille excentrique – peut-être une actrice qu’on a mandée pour la fête. Cependant, les deux femmes passaient près de lui et Meaulnes, immobile, regarda la jeune fille. Souvent, plus tard, lorsqu’il s’endormait après avoir désespérément essayé de se rappeler le beau visage effacé, il voyait en rêve passer des rangées de jeunes femmes qui ressemblaient à celle-ci. L’une avait un chapeau comme elle et l’autre son air un peu penché; l’autre son regard si pur; l’autre encore sa taille fine, et l’autre avait aussi ses yeux bleus: mais aucune de ces femmes n’était jamais la grande jeune fille. Meaulnes eut le temps d’apercevoir, sous une lourde chevelure blonde, un visage aux traits un peu courts, mais dessinés avec une finesse presque douloureuse. Et comme déjà elle était passée devant lui, il regarda sa toilette qui était bien la plus simple et la plus sage des toilettes. Perplexe, il se demandait s’il allait les accompagner, lorsque la jeune fille, se tournant imperceptiblement vers lui, dit à sa compagne: – Le bateau ne va pas tarder, maintenant, je pense?... Et Meaulnes les suivit. La vieille dame, cassée, tremblante, ne cessait de causer gaiement et de rire. La jeune fille répondait doucement. Et lorsqu’elles descendirent sur l’embarcadère, elle eut ce même regard innocent et grave, qui semblait dire: – Qui êtes-vous? Que faites-vous ici? Je ne vous connais pas. Et pourtant il me semble que je vous connais. D’autres invités étaient maintenant épars entre les arbres, attendant. Et trois bateaux de plaisance accostaient, prêts à recevoir les promeneurs. Un à un, sur le passage des dames, qui paraissaient être la châtelaine et sa fille, les jeunes gens saluaient profondément, et les demoiselles s’inclinaient. Étrange matinée! Étrange partie de plaisir! Il faisait froid malgré le soleil d’hiver, et les femmes enroulaient autour de leur cou ces boas de plumes qui étaient alors à la mode... La vieille dame resta sur la rive, et, sans savoir comment, Meaulnes se trouva dans le même yacht que la jeune châtelaine. Il s’accouda sur le pont, tenant d’une main son chapeau battu par le grand vent, et il put regarder à l’aise la jeune fille, qui s’était assise à l’abri. Elle aussi le regardait. Elle répondait à ses compagnes, souriait, puis posait doucement ses yeux bleus sur lui, en tenant sa lèvre un peu mordue. Un grand silence régnait sur les berges prochaines. Le bateau filait avec un bruit calme de machine et d’eau. On eût pu se croire au cœur de l’été. On allait aborder, semblait-il, dans le beau jardin de quelque maison de campagne. La jeune fille s’y promènerait sous une ombrelle blanche. Jusqu’au soir on entendrait les tourterelles gémir... Mais soudain une rafale glacée venait rappeler décembre aux invités de cette étrange fête. On aborda devant un bois de sapins. Sur le débarcadère, les passagers durent attendre un instant, serrés les uns contre les autres, qu’un des bateliers eût ouvert le cadenas de la barrière... Avec quel émoi Meaulnes se rappelait dans la suite cette minute où, sur le bord de l’étang, il avait eu très près du sien le visage désormais perdu de la jeune fille! Il avait regardé ce profil si pur, de tous ses yeux, jusqu’à ce qu’ils fussent près de s’emplir de larmes. Et il se rappelait avoir vu, comme un secret délicat qu’elle lui eût confié, un peu de poudre restée sur sa joue... À terre, tout s’arrangea comme dans un rêve. Tandis que les enfants couraient avec des cris de joie, que des groupes se formaient et s’éparpillaient à travers bois, Meaulnes s’avança dans une allée, où, dix pas devant lui, marchait la jeune fille. Il se trouva près d’elle sans avoir eu le temps de réfléchir: – Vous êtes belle, dit-il simplement. Mais elle hâta le pas et, sans répondre, prit une allée transversale. D’autres promeneurs couraient, jouaient à travers les avenues, chacun errant à sa guise, conduit seulement par sa libre fantaisie. Le jeune homme se reprocha vivement ce qu’il appelait sa balourdise, sa grossièreté, sa sottise. Il errait au hasard, persuadé qu’il ne reverrait plus cette gracieuse créature, lorsqu’il l’aperçut soudain venant à sa rencontre et forcée de passer près de lui dans l’étroit sentier. Elle écartait de ses deux mains nues les plis de son grand manteau. Elle avait des souliers noirs très découverts. Ses chevilles étaient si fines qu’elles pliaient par instants et qu’on craignait de les voir se briser. Cette fois, le jeune homme salua, en disant très bas: – Voulez-vous me pardonner? – Je vous pardonne, dit-elle gravement. Mais il faut que je rejoigne les enfants, puisqu’ils sont les maîtres aujourd’hui. Adieu. Augustin la supplia de rester un instant encore. Il lui parlait avec gaucherie, mais d’un ton si troublé, si plein de désarroi, qu’elle marcha plus lentement et l’écouta. – Je ne sais même pas qui vous êtes, dit-elle enfin. Elle prononçait chaque mot d’un ton uniforme, en appuyant de la même façon sur chacun, mais en disant plus doucement le dernier... Ensuite elle reprenait son visage immobile, sa bouche un peu mordue, et ses yeux bleus regardaient fixement au loin. – Je ne sais pas non plus votre nom, répondit Meaulnes. Ils suivaient maintenant un chemin découvert, et l’on voyait à quelque distance les invités se presser autour d’une maison isolée dans la pleine campagne. – Voici la «maison de Frantz », dit la jeune fille; il faut que je vous quitte... Elle hésita, le regarda un instant en souriant et dit: – Mon nom?... Je suis Mlle Yvonne de Galais... Et elle s’échappa.
Alain-Fournier, Le Grand Meaulnes, Paris, Éditions Émile-Paul, 1913



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