— La guerre !
Quelques-uns de ceux qui sont couchés là rompent le silence, et
répètent à mi-voix ces mots, et réfléchissent que c’est le plus grand
événement des temps modernes et peut-être de tous les temps.
Et même cette annonciation crée sur le paysage limpide qu’ils fixent, comme un confus et ténébreux mirage.
Les étendues calmes du vallon orné de villages roses comme des roses
et de pâturages veloutés, les taches magnifiques des montagnes, la
dentelle noire des sapins et la
dentelle blanche des neiges éternelles, se peuplent d’un remuement humain.
Des multitudes fourmillent par masses distinctes. Sur des champs, des
assauts, vague par vague, se propagent, puis s’immobilisent ; des
maisons sont éventrées comme des hommes, et des villes comme des
maisons, des villages apparaissent en blancheurs émiettées, comme s’ils
étaient tombés du ciel sur la terre, des chargements de morts et des
blessés épouvantables changent la forme des plaines.
On voit chaque nation dont le bord est rongé de massacres, qui
s’arrache sans cesse du cœur de nouveaux soldats pleins de force et
pleins de sang ; on suit des yeux ces affluents vivants d’un fleuve de
mort.
Au Nord, au Sud, à l’Ouest, ce sont des batailles, de tous côtés,
dans la distance. On peut se tourner dans un sens ou l’autre de
l’étendue : il n’y en a pas un seul au bout duquel la guerre ne soit
pas.
Un des voyants pâles, se soulevant sur son coude, énumère et dénombre
les belligérants actuels et futurs : trente millions de soldats. Un
autre balbutie, les jeux pleins de tueries :
— Deux armées aux prises, c’est une grande armée qui se suicide.
Le Feu. Journal d'une escouade, 1916
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Niente era così bello, così spedito, così splendente, così ben
ordinato come i due eserciti. Le trombe, i pifferi, gli oboi, i tamburi,
i cannoni formavano un’armonia quale non si udì mai neppure
all’inferno. Prima i cannoni rovesciarono a terra circa seimila uomini
per parte; poi la moschetteria tolse dal migliore dei mondi da nove a
diecimila furfanti che ne infettavano la superficie. Anche la baionetta
fu la ragion sufficiente della morte di qualche migliaio di uomini. Il
totale poteva aggirarsi sulle trentamila anime. Candido, che tremava al
pari di un filosofo, si nascose come meglio poté durante questo eroico
macello.
Finalmente, mentre i due re facevano cantare dei Te Deum,
ciascuno, nel proprio accampamento, decise d’andarsene da un’altra
parte a ragionare sugli effetti e le cause. Passò sopra mucchi di morti e
morenti, e raggiunse dapprima un villaggio vicino; era ridotto in
cenere. Si trattava di un villaggio avaro che i Bulgari avevano
incendiato, secondo le leggi del diritto pubblico. Qui vecchi crivellati
di colpi guardavano morire le loro mogli sgozzate, che stringevano i
bambini alle mammelle sanguinanti; là ragazze sventrate, dopo avere
saziato i naturali bisogni di qualche eroe, esalavano l’ultimo respiro;
altre, semibruciate, gridavano implorando di finirle. Cervelli erano
sparsi per terra, accanto a braccia e gambe tagliate.
Candido fuggì al più presto in un altro villaggio: apparteneva ai Bulgari, e gli eroi Avari l’avevano trattato allo stesso modo.
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Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les
deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les
canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer.
Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque
côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à
dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut
aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le
tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui
tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette
boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun
dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et
des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et
gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un
village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit
public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs
femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ;
là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de
quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi
brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles
étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à
des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même.
Candide, chapitre 3
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Che
cosa ne è e che cosa mi importano l’umanità, la beneficenza, la
modestia, la temperanza, la dolcezza, la saggezza, la pietà, quando un
mezza libbra di piombo sparata da tre quattrocento metri mi lacera il
corpo, e io muoio a vent’anni tra tormenti inesprimibili, in mezzo a
cinque o seimila moribondi, quando i miei occhi, che si aprono per
l’ultima volta, vedono la città in cui sono
nato messa a ferro e fuoco, e gli ultimi suoni che odono le mie
orecchie sono le grida delle donne e dei bambini che spirano sotto le
sue rovine, e tutto ciò per i presunti interessi di un uomo che noi non
conosciamo?
Dizionario filosofico, voce "guerra"
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Que deviennent et que m’importent l’humanité, la bienfaisance, la
modestie, la tempérance, la douceur, la sagesse, la piété, tandis qu’une
demi-livre de plomb tirée de six cents pas me fracasse le corps, et que
je meurs à vingt ans dans des tourments inexprimables, au milieu de
cinq ou six mille mourants, tandis que mes yeux, qui s’ouvrent pour la
dernière fois, voient la ville où je suis né détruite par le fer et par
la flamme, et que les derniers sons qu’entendent mes oreilles sont les
cris des femmes et des enfants expirants sous des ruines, le tout pour
les prétendus intérêts d’un homme que nous ne connaissons pas?