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giovedì 4 giugno 2026

Una certa idea del comunismo

 


Hugues Le Paige

À propos de «Rosine Lewin, le Parti, et moi». Parcours croisés dans les méandres du communisme belge et international.

Le Club de Mediapart, 17 aprile 2016

Jean-Marie Chauvier ( Editions du Cerisier)[1]

«  Mon propos n’était pas, ici, de tirer les enseignements de l’aventure communiste et de son dénouement, encore moins de ses lendemains, mais bien de situer ce que fut, en leur sein, le parcours d’une personne proche et exceptionnelle. C’est du côté de l’intelligence et de la générosité, dans la “part de lumière” du communisme que rayonnait la figure de Rosine Lewin. » : ainsi s’achève le passionnant essai de Jean Marie Chauvier, "Rosine Lewin, le Parti, et moi", ce parcours croisé dans les méandres du communisme belge et international", comme le précise le titre de l'ouvrage. "Ce bilan nécessaire et courageux est unique", écrit justement Pierre Gillis dans sa préface.D’une manière critique, et loin des reniements qui ont trop souvent dominé l’historiographie de l’épisode communiste du XXe siècle, Chauvier pose toutes les questions et n’élude aucune des contradictions qui ont hanté les acteurs les plus lucides d’une aventure humaine et collective qui a longtemps été pour les peuples le “soleil de l’avenir”. Rien n’est éludé : la dictature du prolétariat devenue la dictature du parti, les massacres de Staline ou la répression des dissidents. Rien n’est oublié : la transformation d’une société arriérée, l’accès à l’enseignement, à la santé et à la culture, les moments d’espérance qui butaient sur des périodes de désespoir. Les succès, les tragédies et l’échec final sont confrontés au contexte historique qui permet de comprendre la complexité d’une aventure politique, idéologique et humaine tissée de mille drames. Il fallait pour cela le regard croisé et posthume de deux militants du Parti Communiste de Belgique (PCB) qui ont incarné, chacun à leur manière, mais toujours critique, ce que ce parti portait comme indéniable espoir et comme potentialité trop souvent déçue.

Le choix d’être communiste

Il y a donc trois personnages sur scène. D’abord Rosine Lewin (1920-20). Elle naît
à Anvers dans une famille de la nouvelle bourgeoisie juive de l’immigration de l’Est (Pologne). Plus tard, Rosine s’expliquera sur cet héritage “irrécusable”. “En fin de compte, je suis juive avant tout parce qu’avec des millions d’êtres humains, Joseph Lewin et Esther Farber, mes parents ont été gazés à Auschwitz au seul motif qu’ils étaient juifs”. Mais elle ajoutait que si elle n’avait pas choisi d’être juive, elle avait bien choisi d’être communiste.

C’est à l’Université Libre de Bruxelles où elle entre à l’âge de 17 ans qu’elle sera gagnée, une fois pour toutes, par la politique. Elle se mobilise pour les Républicains espagnols et contre la montée du fascisme en Europe. Quand la Belgique est occupée, Rosine Lewin choisit le périlleux destin de la résistance. Si elle fréquente déjà des militants communistes, c’est la rupture du pacte germano-soviétique qui l’autorise à rejoindre le Parti. Sa sœur Félicie et son compagnon Jean Guillissen sont eux aussi entrés dans la résistance, ils sont arrêtés par la Gestapo en avril 1942. Jean est condamné à mort et exécuté. Fel est envoyée à Auschwitz dont elle ne reviendra pas. Famille déportée, famille décimée.

Pour retracer cet itinéraire, Jean Marie Chauvier analyse son contexte historique et idéologique tant belge qu’international. Dans la précision et l’érudition.  De l’avant-guerre et de ses espérances à la libération et ses perspectives en passant par la montée de fascisme et de l’antisémitisme et les crimes qui ont émaillé la Seconde Guerre mondiale. La préparation inéluctable de la Shoah et sa mise en application par l’Allemagne nazie que les Alliés, informés depuis 1942, ne voulaient pas voir. L’auteur rappelle ce chiffre terrible généralement omis ou sous-estimé par la grande majorité des historiens : “la totalité des victimes soviétiques civiles et militaires est évaluée à 24-27 millions, ce qui fait près de la moitié des morts de la Deuxième Guerre mondiale”. Un bilan effroyable qui laissera évidemment des traces.

Mais  il y a aussi les méandres du mouvement communiste international qui, de 1928 à 1935, passe du sectarisme “de classe” au Front populaire avec toutes les  contorsions imposées aux différents PC nationaux. Les militants communistes doivent s’adapter et acceptent généralement que la défense de l’Union Soviétique, la patrie du socialisme, soit la seule priorité. Mais comme Rosine, ils sont libérés quand le Pacte germano-soviétique qui a bien été une collaboration active entre les deux régimes est rompu par Berlin qui lance son offensive coloniale contre l’URSS. Pour bon nombre d’entre eux déjà engagés dans la résistance, les choses rentrent dans une logique idéologique tant malmenée. Et presque naturellement, avec le Front de l’indépendance, les communistes seront à l’avant-garde de la résistance armée. Ils en paieront le prix le plus fort. Y compris dans le contexte politique de la Libération.

Le Parti des occasions manquées

Chauvier rapporte ce témoignage (bien plus tardif) de Rosine : “Le prix payé — avant tout en hommes — dans la lutte clandestine par les communistes fut dramatiquement disproportionné par rapport au poids du Parti sur le devenir de la Belgique après septembre 1944.” À la Libération, le Parti Communiste est certes auréolé de son rôle primordial dans la Résistance. Durant la résistance, il avait préparé “un soulèvement national qui devait restaurer un ordre démocratique qui ne serait pas la simple restauration du régime d’avant-guerre”. Une partie de la base communiste a rêvé de la révolution. Projet irréaliste face au rapport de force : les armées anglo-américaines veillent au grain (comme partout en Europe occidentale) et les partis traditionnels mettent immédiatement en œuvre le compromis social préparé à Londres. Le PCB fera partie des gouvernements de 1944 à 1947, mais à des postes subalternes et malgré un score électoral notable en 1946 (13 % des voix au niveau national), il n’a pas pu convertir en capital politique la popularité que lui avait valu son rôle dans la résistance.

On peut certes considérer que le PCB (comme tous les autres) a respecté le partage des zones d’influence prévu par les accords de ladite Conférence de Yalta, mais le réalisme du rapport de force ne permettait rien d’autre en Europe occidentale. Ici Jean Marie Chauvier reprend l’analyse de José Gotovich, référence absolue en ce qui concerne l’histoire du PCB[2], qui “estime qu’une occasion fut manquée par le Parti — non pas la révolution (…), mais l’absence d’une ligne rénovatrice, lacune déjà observée pendant la guerre”. Occasion manquée : l’expression reviendra à plusieurs reprises sous la plume de Chauvier. À tel point — on le verra — que l’on peut se demander si au-delà de ses contributions importantes aux luttes sociales, politiques, culturelles et sociétales, le PCB n’aura pas été le parti des occasions manquées…

“L’homme communiste, c’est celui qui met l’homme au-dessus de lui-même” écrit Aragon en 1946. Rosine Lewin, comme la plupart des communistes, partage cette foi en l’homme communiste.

Rosine Lewin: le choix d’être communiste

Plus tard, au soir de sa vie, Rosine insistera sur cet aspect de la “foi” inséparable de l’engagement communiste,[3] mais qui refuse de prendre la place de la rationalité.Rosine sera toujours une militante et une dirigeante fidèle au parti au sein duquel elle exerce aussi son sens critique. Son témoignage dans les années 2000 rend bien compte de ce balancement : “Au-delà des convictions idéologiques, orgueil et certitude ont contribué à forger une mythologie et ont soutenu — et aveuglé — ceux qui s’engageaient dans le Parti. On se voyait comme des acteurs de l’Histoire, acteurs éclairés et enthousiastes, bien sûr (…) Mais (l’enthousiasme) était fonction de notre ignorance (volontaire ou involontaire) de certains développements du ‘socialisme réalisé’. Ainsi avons-nous, pendant un temps cessé de connaître le doute, assignant à la critique — outil majeur du marxisme — des limites qui ont vicié notre jugement” Et cependant, ajoute-t-elle dans le même souffle, quelles qu’aient été nos certitudes, nous avions de vrais débats [4]». Le double chemin, celui des certitudes et du doute, la critique limitée et les vrais débats. Telle était pleinement Rosine Lewin.

En 1953, à la mort de Staline elle est en pleurs comme tout le peuple communiste.

Hommage du PCB à la mort de Staline

Mais trois ans plus tard, en 1956, elle est à Moscou lors du XXe Congrès du PC URSS. Elle vit le choc du rapport Khrouchtchev comme « un grand moment : un parti capable de mettre à nu ses propres turpitudes et responsabilités devait pouvoir vaincre obstacles et inerties » pense-t-elle alors. Elle ajoutera plus tard : « J’avais tort ». Dans son ouvrage, Jean-Marie Chauvier analyse en profondeur « la déstalinisation selon des méthodes staliniennes », ses limites et ses effets néanmoins salutaires ».

Militante et dirigeante

Alors que la guerre froide est déclarée, à peine a-t-elle quitté sa fonction dans le cabinet d’un ministre communiste, Rosine Lewin est nommée secrétaire nationale du Rassemblement des Femmes pour la Paix. C’est tout sauf honorifique. La « féministe de classe » descend sur le terrain et va à la rencontre des femmes au travail dans la Flandre profonde. Politisation des femmes, revendications salariales et conditions de travail, approche préféministe, c’est le véritable travail sur le territoire. Un travail éreintant, sans relâche dont on n’a plus idée aujourd’hui (à l’exception sans doute d’une partie des militant. e. s du PTB), mais qui est la condition même de l’enracinement politique. Comme la plupart des cadres communistes, les dirigeants restent avant tout des militants. Mais Rosine Lewin va surtout s’épanouir dans la presse communiste.

Rosine Lewin au « marbre » du Drapeau Rouge

En 1957, elle entre comme journaliste au Drapeau Rouge qu’elle dirigera par la suite. Mais c’est aussi là qu’elle rencontre Pierre Joye, tout à la fois brillant économiste et fervent critique de cinéma. Il deviendra le compagnon de Rosine, « les plus belles années de ma vie » », dira-t-elle. Ils forment un couple attirant qui mêle le sérieux et la causticité, l’humour et l’engagement et sera pour beaucoup le visage le plus séduisant du communisme belge. Pierre Joye avait publié un ouvrage « Les trusts en Belgique » qui le premier met en évidence la concentration capitaliste dans notre pays avec les conséquences politiques qu’elle implique. Avec Pierre Joye, Rosine signera ensuite « Les trusts au Congo » qui, comme le souligne Chauvier, «  sera largement reconnu comme l’un des éclairages majeurs sur les enjeux et les jeux des grandes compagnies exploitant les richesses de la colonie jusqu’à saboter son indépendance ». Mais c’est un autre ouvrage, plus inattendu, « qui sera probablement l’apport le plus original de Rosine Lewin à la pensée communiste belge » : « L’Eglise et le mouvement ouvrier en Belgique » (1967)[5].

Ce que Chauvier appellera avec tendresse « la passion de sœur Rosine » accouchera d’une histoire originale et inédite du catholicisme belge. Un point de vue débarrassé des clichés anticléricaux de la gauche (surtout socialiste) et qui va ouvrir un dialogue dont on n’a pas fini de mesurer l’importance tant il va bousculer les aprioris tant politiques que sociétaux. Il va ouvrir la voie au rassemblement des progressistes, influencer la ligne du parti. Plus fondamentalement encore, Rosine Lewin sera la pionnière du dialogue fécond entre chrétiens et marxistes qui va se développer dans la décennie 60/70.

Lewin-Chauvier : une complicité complexe et emblématique

Dans la dernière partie du livre — qui n’est pas la moins passionnante — le point de vue change : l’auteur devient acteur. Ce temps, explique Jean-Marie Chauvier « s’enfonce dans les sinuosités et les impasses du labyrinthe communiste : les rapports du Parti avec le PC soviétique, en l’occurrence dans les parcours distincts et croisés de Rosine Lewin, rédactrice en chef du Drapeau Rouge et le mien en qualité de son correspondant en URSS. (…) Je situe le parcours de Rosine Lewin, précise-t-il, en rapport avec ma propre expérience des années soviétiques (séjour permanent de 1964 à 1969 puis épisodique au cours des années 1980-2000 »). Cette expérience enrichit sa connaissance déjà approfondie de l’univers soviétique et fait de Jean Marie Chauvier l’un de ses meilleurs connaisseurs. Cela se traduira bien sûr par ses articles dans le Drapeau rouge, mais aussi plus tard par des reportages pour la RTBF, des contributions au Monde Diplomatique et la publication d’un ouvrage fondateur “URSS : une société en mouvement[6]”. Une expertise qui ne sera que trop peu exploitée par les médias traditionnels.

“Rencontres, divergences, convergences” émaillent les échanges entre deux communistes sincères et critiques. «  La seule différence (de taille) entre Rosine et moi, en matière de soviétisme, est qu’elle a connu la résistance et le stalinisme pur jus, pas moi” écrit Chauvier qui, lui, entre au parti en 1959. Sans que des ordres lui soient donnés, le correspondant du journal communiste est censé mettre en valeur les réussites de l’URSS. Mais il ne tombe évidemment pas dans la propagande. Par ses contacts avec le peuple soviétique que Chauvier admire sincèrement, il va aussi mettre en évidence les contradictions puis les déviations du système et les débats internes qui l’agitent. Ce qui provoque des hérissements chez les dirigeants du PCB. Rosine

Lewin n’est pas loin de partager les analyses de son correspondant. Elle-même et Pierre Joye entretiennent des relations suivies avec quelques-uns des dirigeants soviétiques les plus “ouverts”. Mais la rédactrice en chef incite à la prudence : “elle me paraissait surtout soucieuse de me protéger de mes propres audaces… et des réactions exaspérées qu’elles pourraient susciter en Belgique, à la base du parti” (en grande partie toujours d’une grande fidélité à Moscou).

Au vu des débats mêmes discrets et non publics en URSS, Chauvier, comme la plupart des communistes critiques, pense encore que “le régime soviétique ne pouvait que s’améliorer, donc se démocratiser ». Mais il ajoute : « Cette croyance, pour moi, s’est progressivement effritée, et reçut son coup de grâce en 1968 ». L’issue du Printemps de Prague sera en effet décisive pour Jean Marie Chauvier qui avait écrit de nombreux articles (pas tous publiés) sur les chances que représentait l’expérience socialiste tchécoslovaque et les attaques soviétiques dont elle était l’objet. Il se fait que Rosine Lewin et Pierre Joye sont à Moscou — en vacances — le 21 août 1968, le jour de l’intervention des chars soviétiques à Prague. Ils vont immédiatement demander des explications à leurs interlocuteurs soviétiques qui se contentent de justifier l’intervention… ‘On quittait Moscou, amers, inquiets, en colère’, racontera Rosine Lewin.

Mais à Bruxelles, dès le 21 août, le Bureau politique du PCB affirme ‘ne pouvoir approuver l’intervention militaire’ à Prague. Pour la première fois, le Parti prend publiquement ses distances à l’égard d’un acte majeur de la politique soviétique. Cette rébellion ne durera pas. Notamment sous la pression de ses fédérations ouvrières demeurées philosoviétiques, le PCB rentrera dans le rang et approuvera la ‘normalisation’ imposée par Moscou. Position confirmée par le Congrès de novembre 1968. Chauvier souligne «  l’occasion historique fut manquée, d’un réexamen en profondeur de la conception du socialisme et du rapport au modèle soviétique’. Une fois encore, donc, une occasion manquée. Ce ne sera pas la dernière.

Après 1969, Jean Marie Chauvier ‘choisit la dissidence’ du moins en ce qui concerne l’URSS et la normalisation tchécoslovaque. Une normalisation qui va se propager à Bruxelles. L’ancien correspondant à Moscou — il a été rappelé après ces événements — mais toujours membre de la rédaction du Drapeau Rouge se voit interdire d’encore s’exprimer sur les questions soviétiques. Comme il persiste et signe, il sera exclu du parti en 1973, ou plutôt expulsé sans les formes requises. Aucun de ceux qui étaient proches de ses positions ne s’y opposa publiquement.

Bien entendu, dans ses écrits, Chauvier suivra passionnément la période de la Perestroïka initiée dans la douleur par Michaël Gorbatchev (1988-1991). Pendant un temps une illusion réconfortante laisse penser que le changement est possible et qu’un nouveau modèle socialiste est possible. En Europe, au milieu des années 70, l’eurocommunisme a fait long feu (encore une occasion manquée….)  Et le projet du communisme démocratique porté par Enrico Berlinguer s’évanouit avec l’autodissolution du Parti Communiste Italien.[7] Paradoxe de l’histoire, c’est de Moscou qu’une promesse de changement et d’alternative semble se dessiner. On sait ce qu’il en advint…

L’horizon communiste, malgré tout…

De son côté, le Parti Communiste Belge achève sa course. Le déclin est inéluctable. Depuis 1985, le Parti n’a plus de représentation parlementaire et ses dernières troupes s’effilochent. Un dernier chapitre à la fois paradoxal et significatif se déroule en 1987. Rosine Lewin est alors rédactrice en chef des Cahiers Marxistes, une revue qui joue un rôle considérable notamment dans l’ouverture vers d’autres forces de gauche et dans la production d’analyses débarrassées de l’orthodoxie intellectuelle. Rosine propose alors à Jean-Marie Chauvier — l’exclu — de l’amener à Moscou pour mener l’enquête sur la Perestroïka naissante. Cela donnera un dossier des Cahiers Marxistes paru en septembre 1987 qui fera autorité sur le sujet… même si celui-ci sera bientôt dépassé avec la victoire de Boris Eltsine et du capitalisme débridé en Russie.

Le livre comporte bien d’autres chapitres notamment quant au rôle du Parti sur les enjeux nationaux avec ses apports originaux et ses échecs.[8] Mais il est d’abord centré sur la question soviétique. Car qu’on le veuille ou non, la question du rapport à l’URSS a toujours été centrale dans la définition du projet communiste. C’est d’abord, mais non seulement, pour cela que l’ouvrage de Jean Marie Chauvier est précieux et qu’il nous éclaire d’une manière originale sur l’étude d’un chapitre historique déterminant du XXe siècle. Et, pour raconter cette histoire, il ne pouvait trouver meilleure complice que Rosine Lewin dont il ressuscite la mémoire pour notre plus grand bonheur. ‘Rosine, rappelle-t-il, orpheline du parti, se dira convaincue de l’échec du communisme du XXe siècle, assurant même que la disparition des régimes de l’Est était une bonne chose’.

Mais contrairement à de nombreux ‘ex ’, elle ne sera jamais une communiste repentie. Le reniement alimenté par un anticommunisme sans communisme qui poursuit sa carrière médiatique lui était totalement étranger. Elle le répétait avec force à la fin de sa vie. Elle n’acceptait pas le triomphe du néolibéralisme débridé et sans en connaître la voie, elle imaginait toujours un avenir pour l’idée communiste. Ce que le grand dirigeant de la gauche du Parti Communiste Italien, Pietro Ingrao appelait ‘l’horizon communiste’. Rosine Lewin incarnait bien cette ‘part de lumière du communisme’ et nul autre que Jean-Marie Chauvier ne pouvait la rapporter avec autant de justesse.

[1] Editions  du Cerisier, Place Publique, Cuesmes, 2026, 293 p, 23 €

[2] José Gotovitch, Du rouge au tricolore. Résistance et parti communiste , Editions Labor, Archives du futur/histoire, 1992. Réédition, CArCoB, 2023

[3] Dans de nombreuses conversations que nous avons eues et notamment dans le film « 18-20 avenue de Stalingrad » où je retraçais l’histoire du parti avec elle et trois autres anciens dirigeants du PCB.

[4] C’est nous qui soulignons,

[5] Un ouvrage qui reste aussi plus modestement une référence personnelle puisque ma première interview comme journaliste stagiaire à la RTB sera celle de Rosine Lewin et Pierre Joye…

[6]Préface de Claude Julien, Ed. de l’Aube, 1988.Redd.augmentée, 1992.

[7] À ce sujet, je me permets de renvoyer à mon ouvrage « L’héritage perdu du PCI — une histoire du communisme démocratique », Les Impressions nouvelles, Bruxelles, 2024

[8] Le lecteur découvrira sans doute l’importance du Congrès de Vilvorde de 1954 où, un an après la mort de Staline, le PCB plaide pour la « libre discussion » ( « Ce n’est pas une tolérance, c’est une nécessité ») et où il amorce une voie nationale vers le socialisme. Il constatera, par ailleurs, que dans les années 70, la sclérose idéologique l’empêchera de prendre suffisamment en considération les nouvelles revendications du féminisme ou de l’écologie. Toujours les occasions manquées…

Les illustrations proviennent de mon film « 18-20 avenue de Stalingrad »

venerdì 13 marzo 2026

Svetlana, la figlia di Stalin

 

La mia amica, la 

figlia di Stalin

Come "la piccola principessa del 
Cremlino" divenne la transfuga 
più famosa della Guerra Fredda, 
per poi lottare per costruirsi una
nuova vita negli Stati Uniti.

Il 21 aprile 1967, Svetlana Alliluyeva, figlia di Iosif Stalin, scese a razzo le scale di un aereo Swissair all'aeroporto Kennedy. Aveva quarantun anni e indossava un elegante blazer bianco doppiopetto. "Ciao a tutti!" esclamò alla folla di giornalisti sulla pista. "Sono molto felice di essere qui".

Svetlana divenne immediatamente la transfuga più famosa della Guerra Fredda. Era l'unica figlia vivente di Stalin, morto nel 1953, ed era conosciuta come "la piccola principessa del Cremlino". Fino a pochi mesi prima, non aveva mai lasciato l'Unione Sovietica. Ma, al Kennedy Center, parlava della libertà e delle opportunità che si aspettava di trovare in America. Era civettuola e divertente. Parlava fluentemente inglese. Il Times pubblicò più di una dozzina di articoli sul suo arrivo. Il funzionario della CIA che la intervistò per primo osservò in un promemoria che "le nostre idee preconcette su come dovesse essere la figlia di Stalin, semplicemente non ci lasciavano credere che questa simpatica, piacevole, attraente casalinga di mezza età potesse essere chi diceva di essere".

Svetlana scrisse in seguito: "La mia prima impressione dell'America fu quella delle magnifiche autostrade di Long Island". Il territorio era vasto e la gente sorrideva. Dopo mezza vita di comunismo, si sentiva "in grado di volare via libera, come un uccello". Pochi giorni dopo il suo arrivo, tenne una conferenza stampa al Plaza Hotel a cui parteciparono quattrocento giornalisti. Uno le chiese se avesse intenzione di chiedere la cittadinanza. "Prima del matrimonio dovrebbe esserci l'amore", rispose. "Quindi se amerò questo paese e questo paese amerà me, allora il matrimonio sarà concluso".

George Kennan, ex ambasciatore in Unione Sovietica e uno dei massimi esperti americani di Russia, l'aveva aiutata a disertare, e lei si era stabilita a Princeton, dove viveva lui. Nell'autunno del 1967, con l'aiuto di Kennan, pubblicò "Venti lettere a un amico", che descriveva la tragica storia della sua famiglia attraverso una serie di lettere al fisico Fyodor Volkenstein. Il messaggio del libro, a quanto pare, era che essere un parente di Stalin era quasi terribile quanto essere un suo suddito. Due anni dopo, pubblicò "Solo un anno", un memoir sui mesi precedenti e successivi alla sua decisione di fuggire dall'Unione Sovietica. Sul New Yorker , Edmund Wilson scrisse con entusiasmo che aveva "l'audacia e la passione del 'Dottor Zivago'". I libri vendettero bene e la resero ricca. Il KGB le diede il soprannome Kukushka, che significa "uccello cuculo".

Ma il fascino del pubblico per Svetlana non durò a lungo. Iniziò a rifiutare interviste e la stampa cominciò a perdere interesse nei suoi confronti: la sua defezione era speciale, ma la sua presenza no. Continuò a scrivere, ma le sue opere non trovarono più editori negli Stati Uniti. I frammenti di informazioni che emergevano suggerivano che la sua vita fosse diventata solitaria e spiacevole. Nel 1985, il Time pubblicò un articolo in cui veniva descritta come isolata, sovrappeso, vendicativa, imperiosa e violenta. "Il suo ultimo litigio fu con il padre, a cui assomigliava fatalmente", scrisse l'autore.

Alla fine della Guerra Fredda, Svetlana era quasi completamente scomparsa dalla scena pubblica. Nei vent'anni successivi, il Times pubblicò un solo articolo su di lei, un articolo di cinque paragrafi, nel 1992, in cui si dichiarava che "viveva nell'oscurità in un ostello di beneficenza".

Nel 2006, mentre facevo ricerche su Kennan e la Guerra Fredda per un libro, decisi di scrivere a Svetlana Alliluyeva. Secondo Wikipedia, viveva nel Wisconsin e una ricerca negli archivi pubblici aveva portato alla luce una persona con il suo nome. Sembrava improbabile che la lettera le arrivasse e, se così fosse stato, che rispondesse, ma una settimana dopo arrivò una busta spessa, contenente sei pagine piegate strettamente e contrassegnate come "personali e riservate":

Devo scusarmi, prima di tutto, per la lettera scritta a mano, a causa della mia vera e propria avversione conservatrice per tutti i macchinari (inclusi Internet, TV, forno a microonde, ecc. ecc.). So quanto sia brutta la mia calligrafia, pessima per tutti i giovani, pessima anche per le segretarie. Ahimè, questo è tutto ciò che posso fare per te e per chiunque altro!

Era ansiosa di parlare di Kennan:

Mi piacerebbe rispondere a tutte le vostre domande sull'Ambasciatore GF Kennan, davvero il Grande Americano. Mi aveva aiutato con tanta generosità nel 1967. Allora voleva che tenessi una lezione di storia politica moderna a Princeton, nel New Jersey... ma avevo rifiutato. La storia politica era proprio ciò in cui mio padre avrebbe voluto vedermi eccellere.

Aveva preso delle cattive decisioni, scrisse, e ora era confinata in una casa di riposo per donne anziane:

Per quanto si sia detto e scritto su di me, sono state tutte bugie e calunnie! ... Il prossimo aprile (22) saranno 40 anni che vivo negli Stati Uniti, un periodo iniziato con due bestseller e che ora mi ha portato a una vita tranquilla con un assegno mensile di previdenza sociale: grazie a Roosevelt per il Welfare! ... Sono ancora qui negli Stati Uniti, come ospite dopo 40 anni, mai veramente "a casa".

Iniziammo una corrispondenza su Kennan, che contribuì a formulare la politica americana di contenimento all'inizio della Guerra Fredda e poi ne divenne uno dei critici più eloquenti. Il mio libro si intitolava "Il falco e la colomba", e lui era la colomba. Avevo fatto ricerche per un anno e mezzo e non avevo ancora incontrato nessuno che avesse osservato la personalità di Kennan con la stessa acutezza di Svetlana.

Le scrivevo circa due volte al mese e, col tempo, ho iniziato a chiederle anche della sua vita. A volte rispondeva con una calligrafia caotica e corsiva. Altre volte, scriveva al computer, annotando il testo con sottolineature, inserimenti e schizzi di se stessa mentre spingeva un deambulatore, che chiamava la sua "trazione integrale". Aveva un rapporto conflittuale con il tasto Bloc Maiusc. Un anno dopo aver iniziato a scriverci, sono andata a trovarla.

Svetlana, che all'epoca aveva ottantun anni, viveva in una casa di riposo a Spring Green, nel Wisconsin, una cittadina di milleduecento abitanti. Quando ci incontrammo, indossava larghi pantaloni della tuta grigi e occhiali da sole, che portava a causa di una recente operazione alla cataratta. Era bassa e minuta, e i suoi capelli, un tempo rossi, erano diventati bianchi e avevano iniziato a diradarsi. La scoliosi le aveva causato una postura curva, per cui usava un bastone. Mi mostrò il suo monolocale al secondo piano e la piccola scrivania vicino alla finestra dove si trovava la sua macchina da scrivere. Nella sua libreria c'erano vecchi video del National Geographic , mappe della California, batik balinesi, romanzi di Hemingway e il dizionario russo-inglese che era stato usato da suo padre.

Svetlana era accogliente e parlava con l'energia di chi non raccontava la propria storia da molto tempo. Dopo qualche ora, volle fare una passeggiata. Le offrii il braccio mentre ci avvicinavamo alle scale, ma lei lo scostò. Ci dirigemmo lungo una strada tranquilla, verso un mercatino dell'usato, dove un uomo con una maglietta della Harley-Davidson stava vendendo una piccola libreria in ghisa. Chiese a Svetlana se volesse comprarla. Non poteva, rispose. Aveva solo venticinque dollari fino al primo del mese, quando sarebbe arrivato l'assegno di disoccupazione. Ma forse lui poteva metterglieli da parte fino ad allora?

L'uomo protestò, ma lei lo convinse. Poi iniziammo ad allontanarci. " Sprechen Sie Deutsch ?" gridò l'uomo. Lei proseguì a passo pesante, senza voltarsi indietro. "La gente pensa che io abbia un accento tedesco, e di solito rispondo: 'Sì, avevo una nonna tedesca'", disse, scoppiando a ridere.

Nei primi anni Novanta dell'Ottocento, quando la nonna tedesca di Svetlana, Olga, era un'adolescente, si arrampicò fuori da una finestra della sua casa in Georgia per fuggire con il marito. La figlia di Olga, Nadya Alliluyeva, a sedici anni scappò con Joseph Stalin, un seminarista, poeta e amico di famiglia di trentotto anni, che era diventato un leader rivoluzionario.

Stalin aveva un figlio, Yakov, da un precedente matrimonio, e lui e Alliluyeva ebbero altri due figli, un maschio di nome Vasily e Svetlana, che era la prediletta di Stalin. Durante la sua giovinezza, i due si divertivano a fare un gioco in cui lei gli mandava brevi lettere, impartendogli ordini: "Ti ordino di portarmi a teatro"; "Ti ordino di lasciarmi andare al cinema". Lui rispondeva: "Obbedisco", "Mi sottometto" o "Sarà fatto". La chiamava "la mia piccola governante" e firmava: "Dalla miserabile segretaria della governante Setanka, la povera contadina".

Nadya morì quando Svetlana aveva sei anni, di appendicite, le dissero. Ma quando Svetlana aveva quindici anni, un giorno, mentre era a casa a leggere riviste occidentali per esercitarsi con l'inglese, si imbatté in un articolo su suo padre, in cui si affermava che Nadya si era suicidata. Olga glielo confermò e disse a Svetlana di aver avvertito Nadya di non sposare Stalin. In "Venti lettere a un'amica", Svetlana scrisse: "Tutta questa vicenda mi ha quasi fatto impazzire. Qualcosa dentro di me si è distrutto. Non ero più in grado di obbedire alla parola e alla volontà di mio padre".

L'anno seguente, anche Svetlana si innamorò di un trentottenne, un regista e giornalista ebreo di nome Aleksej Kapler. La storia d'amore iniziò nel tardo autunno del 1942, durante l'invasione nazista della Russia. Kapler e Svetlana si incontrarono a una proiezione cinematografica; la volta successiva che si incontrarono, ballarono il foxtrot e lui le chiese perché sembrasse triste. Era, disse, il decimo anniversario della morte di sua madre. Kapler diede a Svetlana una traduzione proibita di "Per chi suona la campana" e la sua copia annotata di "Poesia russa del XX secolo". Guardarono insieme il film Disney "Biancaneve e i sette nani".

Svetlana aveva avuto il presentimento che la relazione sarebbe finita male. Suo fratello Vasilij, mi raccontò, era sempre stato geloso delle attenzioni che riceveva dal padre, e ora raccontava a Stalin che Kapler le aveva fatto conoscere qualcosa di più di Hemingway. Stalin affrontò Svetlana nella sua camera da letto: "Guardati. Chi ti vorrebbe? Stupida!". Poi urlò a Svetlana per aver fatto sesso con Kapler mentre era in corso la guerra. L'accusa era falsa, ma Kapler fu arrestato e mandato al campo di lavoro di Vorkuta, nel Circolo Polare Artico. Era la prima volta, mi disse Svetlana, che si rendeva conto che suo padre aveva il potere di mandare qualcuno in prigione.

Svetlana si iscrisse all'Università Statale di Mosca, dove conobbe e poi sposò un compagno di studi ebreo di nome Grigory Morozov. Credeva che fosse l'unico modo per sfuggire al Cremlino, e suo padre, preoccupato per la guerra, acconsentì a malincuore. "Vai e sposalo, ma non incontrerò mai il tuo ebreo", mi raccontò che le disse. Il loro primo figlio, Iosif, nacque proprio mentre i nazisti si arrendevano. Morozov desiderava molti altri figli, ma Svetlana, che nutriva ambizioni letterarie, voleva terminare gli studi. Alla nascita di Iosif seguirono tre aborti e un aborto spontaneo. "Ero una donna pallida, malaticcia, verdastra", mi disse Svetlana. Divorziò da Morozov e poi, dopo questi due atti di ribellione romantica, ne compì uno di obbedienza, sposando Yuri Zhdanov, figlio di uno dei più stretti collaboratori di suo padre. Ma, disse, "quando divenni adulta e sposata, mio ​​padre aveva perso ogni interesse per me". Nel 1950, poco prima dello scoppio della guerra di Corea, diede alla luce una bambina di nome Ekaterina. Svetlana trovò il suo nuovo marito freddo e privo di interesse, e presto divorziò da lui. Terminò gli studi e iniziò una carriera come docente e traduttrice di libri dall'inglese al russo.

Nel marzo del 1953, Stalin fu colpito da un ictus. Svetlana scrisse: "L'agonia della morte fu orribile. Morì letteralmente soffocato sotto i nostri occhi. In quello che sembrò l'ultimo istante, aprì improvvisamente gli occhi e lanciò un'occhiata a tutti i presenti nella stanza. Era uno sguardo terribile, folle o forse rabbioso, e pieno della paura della morte."

La sua sofferenza, scrisse, era dovuta al fatto che "Dio concede una morte serena solo ai giusti". Ma lei lo amava ancora. Mentre il suo corpo veniva portato via per l'autopsia, scrisse: "Era la prima volta che vedevo mio padre nudo. Era un corpo bellissimo. Non sembrava vecchio né malato... Mi resi conto che il corpo che mi aveva dato la vita non aveva più vita né respiro, eppure io avrei continuato a vivere".

Quel giugno, Aleksei Kapler tornò dal Gulag. Un anno dopo, lui e Svetlana si trovarono per caso alla stessa conferenza per scrittori. "C'era una luce fortissima nell'atrio", mi raccontò Svetlana, sorridendo e chiudendo gli occhi, come faceva spesso quando si rifugiava nei ricordi. "Ci siamo semplicemente incrociati."

I suoi capelli erano diventati bianchi, ma lei pensava che questo lo rendesse ancora più affascinante. Sebbene Kapler fosse sposato, ben presto diventarono amanti. "È un miracolo che io possa chiamarti", le diceva. Per lei, era un miracolo che lui l'avesse perdonata per i crimini di suo padre. Svetlana voleva che Kapler divorziasse dalla moglie, ma lui desiderava solo una relazione extraconiugale. Non essendo una che si arrende facilmente, Svetlana affrontò la moglie di Kapler una sera a teatro. "Quella fu la fine del mio secondo matrimonio, la fine di quella seconda parte della mia vita con Sveta", raccontò in seguito Kapler allo scrittore Enzo Biagi.

La terza parte iniziò nel 1956, quando Svetlana insegnava all'Università Statale di Mosca un corso sull'eroe nel romanzo sovietico. Quell'anno, Nikita Kruscev pronunciò il cosiddetto "discorso segreto", una conferenza di quattro ore in cui descrisse dettagliatamente i crimini di Stalin. Dopo il discorso, la terza moglie di Kapler, la poetessa Yulia Drunina, la cui opera Svetlana mi definì "mediocre", gli suggerì di farle una visita di cortesia. Svetlana e la coppia si scambiarono visite e parteciparono insieme a feste. Ma Svetlana, che non sopportava di vedere Kapler con un'altra donna, gli inviò una lettera offensiva sulla moglie. Lui rispose con rabbia e non si videro mai più. Cinquantadue anni dopo, Svetlana mi disse che Kapler era rimasto il vero amore della sua vita.

Nel 1963, Svetlana aveva trentasette anni e viveva con i suoi figli a Mosca. La famiglia con cui era cresciuta non c'era più: il suo fratellastro maggiore, Yakov, era morto in un campo di prigionia tedesco, e Vasily era morto da poco per ubriachezza. Aveva cambiato il suo cognome in Alliluyeva, perché non sopportava il suono di "Stalin". In ottobre, si era sottoposta a un intervento di tonsillectomia e si stava riprendendo in un ospedale di Mosca quando incontrò Brajesh Singh, un uomo indiano di bassa statura, a cui erano stati appena rimossi dei polipi nasali. Era un comunista venuto a Mosca per cure mediche. I due convalescenti iniziarono a parlare di un libro di Rabindranath Tagore che Svetlana aveva trovato nella biblioteca dell'ospedale.

Singh era l'uomo più pacifico che Svetlana avesse mai conosciuto. Protestò quando l'ospedale volle uccidere le sanguisughe usate per la sua cura e aprì le finestre per far uscire le mosche. Quando lei gli rivelò l'identità di suo padre, lui esclamò "Oh!" e non ne parlò mai più.

Trascorsero un mese insieme a Sochi, sul Mar Nero, prima che Singh dovesse tornare in India. Un anno e mezzo dopo, a causa dei ritardi dovuti alle burocrazie sovietica e indiana, Singh tornò a Mosca. Lui e Svetlana presentarono i documenti per sposarsi, ma il giorno successivo lei fu convocata nel vecchio ufficio del padre al Cremlino per incontrare Alexei Kosygin, il premier sovietico. Il matrimonio era immorale e impossibile, ricordava Svetlana, che lui le avesse detto: "Gli indù trattano male le donne".

Singh soffriva da tempo di problemi respiratori. Quando morì, nel 1966, Svetlana insistette per poter portare le sue ceneri in India. Fu il suo primo viaggio fuori dall'Unione Sovietica e, come disse in seguito, l'unico momento della sua vita in cui si sentì davvero felice. Quando andai a trovarla in Wisconsin, tirò fuori alcune fotografie in bianco e nero e le posò sul suo tavolino di vetro ingombrato: la grande casa bianca della famiglia di Singh, circondata da cactus alti come alberi; una camera da letto spoglia con grandi finestre, tende fluenti e un letto di legno; un uomo su un cammello sulle rive del Gange. "L'India ha avuto un impatto davvero enorme su di me, sul mio modo di pensare, su tutto di me", mi disse.

Il 6 marzo 1967, due giorni prima del volo di ritorno di Svetlana in Unione Sovietica, lei preparò la valigia e si recò di nascosto all'ambasciata americana, dove annunciò di essere Svetlana Alliluyeva, la figlia di Stalin. " Stalin ?", chiese uno dei diplomatici. Robert Rayle, il funzionario della CIA in India che si occupò del suo caso, mi disse che l'agenzia non aveva alcuna traccia della sua esistenza, ma gli americani decisero di farla uscire dal paese prima che i sovietici si accorgessero della sua scomparsa. Quella notte, Svetlana prese il primo volo disponibile, che per coincidenza era diretto a Roma. Pochi giorni dopo, fu trasferita a Ginevra. "È la disertrice più collaborativa che io abbia mai incontrato", telegrafò Rayle a Washington. A un certo punto, mi disse Rayle, la CIA le somministrò un test del QI; il punteggio di Svetlana fu "fuori scala".

Iosif e Yekaterina, di ventun e sedici anni, furono lasciati all'aeroporto di Mosca ad aspettare la madre. Tre giorni dopo, lei inviò loro una lunga lettera. Il comunismo sovietico aveva fallito come sistema economico e come ideale morale. Non poteva vivere sotto quel regime. "Con una mano cerchiamo di afferrare la luna, ma con l'altra siamo costretti a scavare patate come si faceva cento anni fa", scrisse. Esortò Iosif a studiare medicina e Yekaterina a proseguire gli studi scientifici. "Vi prego, abbiate pace nei vostri cuori. Io faccio solo ciò che la mia coscienza mi impone".

Quando Iosif rispose, ad aprile, scrisse:

Devi ammettere che, dopo quello che hai fatto, il tuo consiglio da lontano di farti coraggio, di restare uniti, di non scoraggiarti e di non abbandonare Katie, è stato, a dir poco, strano... Ritengo che con le tue azioni ti sia allontanato da noi.

Dopo essersi stabilita a Princeton, Svetlana iniziò a ricevere notizie da Olgivanna Lloyd Wright, la vedova di Frank Lloyd Wright. Quest'ultima la esortò a visitare la Taliesin Fellowship, la comunità dedicata alla sua memoria, che aveva sedi anche in Wisconsin e Arizona. Olgivanna le raccontò di avere una figlia, anche lei di nome Svetlana, morta in un incidente d'auto ventitré anni prima. Svetlana Alliluyeva pensò che forse Olgivanna le avrebbe ricordato sua madre.

Nel marzo del 1970, Svetlana arrivò a Scottsdale, una città calda che profumava di fiori d'arancio. Il suo primo giorno a Taliesin West, il complesso dei Wright, fu convocata per una cena formale, dove si ritrovò seduta a un lungo tavolo lucido di un rosso acceso. Si scoprì che Olgivanna credeva che Svetlana fosse la reincarnazione di sua figlia. La sua speranza era che questa nuova Svetlana sposasse il vedovo della precedente: Wesley Peters, un uomo alto in smoking color sabbia e camicia lavanda con volant, seduto accanto a lei.

Svetlana rimase subito affascinata da Peters, un affascinante architetto noto soprattutto per aver diretto la costruzione del Museo Guggenheim una decina di anni prima. Il giorno seguente, i due fecero un giro in macchina sulla sua Cadillac. "All'improvviso provai un senso di completa sicurezza e pace accanto a quest'uomo", raccontò Svetlana. Tre settimane dopo, si sposarono.

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Svetlana e Wes vissero insieme felicemente per un breve periodo nel suo appartamento nel complesso di Scottsdale, e poi a Spring Green, nel Wisconsin, dove la borsa di studio Wright si trasferiva per l'estate. Una volta mi disse che lui era stato il primo uomo con cui avesse avuto un rapporto sessuale appagante. Ma la vita a Taliesin, scrisse Svetlana, richiedeva una completa sottomissione a Olgivanna. Ci si aspettava che i residenti la adulassero, le confessassero i propri peccati e non la contraddicessero mai. Tre mesi dopo il suo arrivo, Svetlana scrisse a Kennan: "Mi rattrista che ancora una volta, come tanto tempo fa nella mia crudele Russia natale, debba costringermi al silenzio, costringermi a un comportamento falso, nascondere i miei veri pensieri e chinare la testa davanti al pugno di una falsa autorità. Tutto ciò è terribilmente triste. Ma sopravviverò."

All'età di quarantaquattro anni, Svetlana rimase incinta. Olgivanna trovava i bambini una distrazione e una situazione difficile. Secondo Svetlana, temeva che avrebbero interrotto la sua comunicazione con i morti e le impose di abortire. Svetlana rifiutò e, nel maggio del 1971, diede alla luce una figlia, che chiamò Olga, in onore della nonna materna. La sua terza figlia arrivò più di vent'anni dopo le due che aveva lasciato indietro e con le quali non aveva più alcun contatto. Poco dopo la nascita di Olga, Svetlana lasciò il complesso. Wes, la cui dedizione al lavoro superava quella per la moglie, scelse di rimanere. "Cavolo, quante cose ho dovuto sopportare nella mia vita", mi scrisse Svetlana. "Ma, di certo, un padre dittatore era un po' più 'normale', a mio avviso, di questa dittatrice."

Per i primi quarantacinque anni della sua vita, il denaro non fu un problema per Svetlana. Suo padre non lo aveva usato, non ne aveva bisogno e non gli importava. Durante la sua giovinezza, Svetlana fu mantenuta dallo Stato. Quando arrivò in America, si arricchì grazie ai suoi libri. Ma spendeva troppo per sé stessa, Olgivanna pretendeva denaro per finanziare Taliesin e Wes era uno spendaccione. Dopo il matrimonio, Svetlana saldò i suoi ingenti debiti. Poi gli diede del denaro per avviare un allevamento di bestiame destinato al fallimento. Dopo che Svetlana e Wes si accordarono per il divorzio, il suo avvocato, Walter Pozen, genero di Kennan, trascorse un anno a lavorare a un accordo. Un giorno, il suo telefono squillò nel cuore della notte.

«Non voglio firmare l'accordo», ricorda che lei gli disse. Era ancora innamorata di Peters e non desiderava portargli via nulla.

«Non puoi ricomprarlo», sbottò Pozen. Svetlana riattaccò. Non ottenne i suoi soldi e passarono cinque anni prima che parlasse di nuovo con Pozen.

Dopo Taliesin, Svetlana tornò a Princeton. Gli uomini continuavano a innamorarsi di lei, ma la sua vita era instabile sotto ogni punto di vista. Iniziò a spostarsi continuamente: dal New Jersey alla California e viceversa. "La mamma si trasferiva ogni anno, a volte anche due volte all'anno", mi raccontò Olga. "Doveva sempre essere in un posto nuovo entro novembre, quando morì sua madre". I suoi amici continuavano ad abbandonarla, scrisse Svetlana, così "dovette andare avanti alla cieca, da sola. Di nuovo commisi degli errori, influenzata dagli agenti immobiliari, da una conversazione casuale, da vari stati d'animo". Poi, all'inizio degli anni Ottanta, anche perché credeva di poter trovare una scuola migliore per Olga, Svetlana si trasferì in Inghilterra.

Lei e Kennan continuarono a scriversi regolarmente. Ma, verso la fine degli anni Settanta, il suo tono cambiò. Era arrabbiata perché Kennan non aveva promosso a sufficienza i suoi libri e perché gli avvocati che aveva ingaggiato avevano ceduto i diritti d'autore della versione inglese di "Venti lettere" a Priscilla Johnson McMillan, la traduttrice. Svetlana era convinta che per guadagnare le bastasse stampare più copie e che non possedere i diritti d'autore le impedisse di farlo.

A ogni sua sfuriata, Kennan rispondeva con moderazione e, alla fine, Svetlana si scusava. Ma poi, ancora una volta, ricordava a Kennan quelli che considerava i suoi numerosi difetti:

28 aprile 1976
Caro George, sei infelice, e questo è molto evidente, perché tradisci continuamente te stesso.
Non ti permetti mai di essere te stesso. Hai intrappolato te stesso – e tutta la tua vita – nello schema di (perdonami, ti prego!) quella mortale rettitudine presbiteriana che appare "buona" solo nelle dichiarazioni pronunciate dal pulpito.
5 settembre 1977
Comunque, non piangevo per una lettera da molti anni, eppure la tua mi ha fatto venire le lacrime agli occhi. So che nessuno al mondo può capire la mia strana vita meglio di te; e a nessuno importa davvero. Ma per qualche strano motivo, a te sì.
4 agosto 1979
Che tristezza, davvero, che dopo tutti questi anni che abbiamo trascorso insieme, le amicizie si siano interrotte e che persino i ricordi del passato sembrino così diversi... Addio, George. Mi dispiace che tu ti sia associato al mio nome per così tanto tempo.
27 gennaio 1983
Mi hanno ingannato... Pensavo di ricevere un anticipo. IN REALTÀ ho venduto TUTTI I MIEI DIRITTI sul mio stesso libro... Non avete MAI voluto ascoltare la verità, perché vi piaceva solo sentire convenevoli di ogni genere. Ho cercato disperatamente, con l'aiuto di diversi avvocati, di riprendermi i miei diritti, perché dannazione, IO SONO L'AUTORE .
Olga aveva undici anni quando scoprì chi fosse suo nonno. Un giorno, dei paparazzi si presentarono alla sua scuola in Inghilterra e un amministratore dovette farla uscire di nascosto in macchina, nascosta sotto delle coperte. Quella sera, sua madre le spiegò tutto. "Era una cosa difficile da elaborare", mi ha detto Olga. "Ma con la mamma c'era sempre molto da elaborare."

L'anno successivo, Svetlana si trovava a casa, nell'appartamento che condivideva con Olga, vicino all'Orto Botanico dell'Università di Cambridge, quando squillò il telefono.

«Mamma, sei tu?» chiese un uomo in russo. Era Iosif, che chiamava per la prima volta dopo quindici anni. Svetlana si bloccò, poi gli disse quanto fosse cambiata la sua voce.

«Anche tu parli come un turista straniero», disse.

Parlarono per qualche minuto, poi lui disse: "Chiamami quando vuoi!". Per Svetlana, questo implicava che il nuovo leader sovietico, Yuri Andropov, avesse approvato la telefonata. "Conoscevo troppo bene mio figlio per pensare che questa fosse solo una sua coraggiosa intenzione", scrisse in seguito.

Si sentivano di tanto in tanto e Svetlana iniziò a pensare di tornare in Unione Sovietica. Iosif, che ora era un cardiologo, ed Ekaterina, che era una geologa, avevano entrambi un figlio. Olga avrebbe potuto incontrare i suoi fratellastri e i suoi cugini. "Più la mia mente si rendeva conto di quanto scioccante sarebbe stato il mio viaggio in URSS per tutti, più il mio cuore insisteva", scrisse.

Nell'ottobre del 1984, incontrò Iosif all'Hotel Sovietsky di Mosca. Attraversò le porte girevoli e lui le si avvicinò a grandi passi, percorrendo l'ampio pavimento di marmo. Ma tutto sembrava teso e imbarazzante. Svetlana notò una donna che considerava brutta e anziana, e rimase sorpresa nello scoprire che si trattava della moglie di suo figlio. Iosif si rifiutò di parlare con la sua sorellastra nata in America. A cena, Svetlana strinse la mano di suo figlio nella sua, ma le sembrò estranea. "Una volta era lunga e sottile, con dita bellissime, una mano raffinata", scrisse in "Un libro per le nipoti", un resoconto inedito di quel periodo, che mi inviò. "Ora le dita sono diventate più tozze e più corte: è possibile una cosa del genere?".

Ekaterina, che lavorava in Kamchatka, non venne. Qualche mese dopo, inviò una lettera di una sola pagina alla madre, dichiarando che "non perdona mai", che "non potrebbe mai perdonare" e che "non vuole perdonare". "Allora, con un linguaggio degno di un editoriale della Pravda , fui accusata di ogni sorta di peccato mortale contro l'amata patria", scrisse Svetlana. La lettera si concludeva con il latino " Dixit " - "Ha parlato".

I leader sovietici si vantarono del ritorno di Svetlana, ma lei era infelice. Quando veniva avvicinata dai giornalisti per strada, li insultava per la frustrazione. Durante una conferenza stampa ufficiale, appariva di cattivo umore e maleducata. "In quei freddi giorni autunnali del 1984 a Mosca, mi sentivo come se stessi affondando in acque oscure, come a volte accade in un incubo", scrisse. Persino l'architettura le sembrava cupamente opprimente. Olga ricorda che i suoi parenti erano delusi dal fatto che lei e sua madre non fossero tornate con valigie piene di videoregistratori e profumi internazionali. Un mese dopo il suo arrivo, durante una notte insonne, Svetlana ebbe una visione della Georgia, la terra natale dei suoi genitori. Poco dopo, lei e Olga volarono a Tbilisi.

Lì si sentiva più a suo agio, ma suo padre la tormentava in un modo nuovo. "Il mio fardello più grande era il bisogno che tutti mi dicessero 'che grande uomo' fosse mio padre: alcuni accompagnavano le parole con le lacrime, altri con abbracci e baci", scrisse. "Era una tortura per me. Non potevo dire loro quanto fossero complessi i miei pensieri su mio padre."

Olga provava la stessa sensazione. "Era come se fossi fatta di zucchero filato; tutti mi accoglievano e si prendevano cura di me", ha detto. "La gente piangeva alla vista di me e di mia madre."

L'affetto era opprimente e, nel giro di un anno, Svetlana decise che doveva lasciare l'Unione Sovietica. Lo scopo della sua visita era ricongiungersi con la famiglia, ma Ekaterina era ostile e Iosif non le aveva scritto da quando aveva lasciato Mosca. Chiese al nuovo Segretario Generale, Mikhail Gorbaciov, il permesso di partire. Lui acconsentì, a patto che Svetlana incontrasse un alto esponente della linea dura. Così si diresse verso i familiari corridoi del palazzo del Comitato Centrale per incontrare il compagno Egor Ligachev. "Il suo problema è stato risolto dal Segretario Generale", disse Ligachev. Poi alzò l'indice: "Ma... si comporti bene!". Mentre se ne andava, aggiunse: "La Madrepatria sopravviverà senza di lei. La domanda è: lei sopravvivrà senza la Madrepatria?".

Nel 2008, lessi online che Iosif era morto di infarto all'età di sessantatré anni. Qualche giorno dopo, parlai al telefono con Svetlana e lei scherzò dicendo che si aspettava di morire prima o poi di insufficienza cardiaca. Capii che probabilmente non sapeva della morte del figlio, così chiamai Olga, che ora usa un altro nome e vive a Portland, in Oregon, dove vende antiquariato, abiti vintage e candele profumate. Mi ringraziò per la chiamata e mi disse di continuare a scrivere lettere a sua madre, aggiungendo: "È una donna dolce, gentile e vulnerabile, perseguitata dai demoni".

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La seconda volta che andai a trovare Svetlana, nella primavera del 2008, si era trasferita a Richland Center, un'altra città del Wisconsin. Qualche mese prima, una studentessa della NYU di nome Lana Parshina era andata a trovarla a Spring Green per filmarla per un progetto universitario. Svetlana aveva accettato, mi disse, perché pensava che Parshina le somigliasse molto, sembrava sua nipote. Ma poco dopo, Svetlana si convinse che Parshina lavorasse per i servizi segreti russi – perché Parshina aveva voluto fare l'intervista in russo? Perché era andata a Mosca subito dopo la conversazione? – e che Vladimir Putin ora avesse un video del suo appartamento a Spring Green. Svetlana era spaventata; pensò che fosse ora di voltare pagina. (Parshina, che lavora ancora nel cinema ed è cittadina americana, mi disse che i sospetti di Svetlana erano "molto tristi").

Ho trascorso un fine settimana a Richland Center, ponendo a Svetlana domande su Kennan. A ottantadue anni, era più lenta e smemorata. Domenica pomeriggio l'ho portata a pranzo in una tavola calda chiamata Center Café, e indossava un'elegante sciarpa, un regalo dei figli della tata che si era presa cura di lei da giovane, disse. Quando abbiamo finito di mangiare, si è alzata per zoppicare verso la macchina. Una donna corpulenta le ha tenuto la portiera e ha iniziato a parlare con un forte accento del Wisconsin di come fosse brava ad aprire le porte agli anziani, perché aveva avuto due genitori in case di riposo. Svetlana si è allontanata velocemente per sfuggire alla conversazione. "Arrivederci, e come vuoi", ha mormorato.

Nel corso degli anni, io e Svetlana ci eravamo avvicinate sempre di più e lei aveva iniziato a darmi consigli, tantissimi. Non avrei dovuto entrare in politica, mi ripeteva di continuo. Quando era in attesa del mio primo figlio, insistette perché stessi lontana dall'ospedale. Avrei dovuto evitare il dolore e aspettare che me lo mostrassero, vestito e pulito. Mi disse di rallentare: "Non lavorare troppo, MAI !". Quando le scrissi per dirle che sarei andata in Russia per fare un reportage su un ordigno nucleare sovietico segreto, andò nel panico: " NON ANDARE !". Putin mi avrebbe rapita. Sarei finita nelle mani delle spie russe. "Stai attenta alle donne russe formose e bevitrici, PER FAVORE !! Non sai fino a che punto potrebbero spingersi, spinte da quello stupido 'patriottismo russo'. Ma io lo so."

A un certo punto, esplose in una lettera: "Finché respiro ancora (con difficoltà, ultimamente) PER FAVORE lasciatemi in pace!". E continuò: "Non vorrai mica provocarmi l'ictus finale, vero, Nick?". Ma i capricci passarono in fretta. Dopo una sfuriata sul fatto che il copyright della versione inglese di "Venti lettere" fosse stato ceduto a Priscilla Johnson McMillan, chiamai la McMillan. Fu sorpresa di scoprire che il copyright era suo e disse che lo avrebbe restituito volentieri. Svetlana fu felicissima quando le mostrai i moduli che indicavano la nuova registrazione presso la Biblioteca del Congresso, a suo nome.

Nel maggio del 2009 lessi un libro di Sergo Beria, figlio di Lavrentij Beria, il sadico capo della polizia segreta di Stalin. Il libro descriveva la giovinezza di Svetlana e includeva la dichiarazione che lei aveva desiderato sposare Sergo. Sapevo di dover essere cauta nel porre domande riguardanti Lavrentij Beria, che Svetlana considerava al centro della tragedia familiare. Nadya lo aveva definito un "uomo spregevole" e lo aveva bandito da casa. Quando morì, scrisse Svetlana, Beria "ottenne l'orecchio di mio padre, che dopo il suicidio di mia madre non si fidava più di nessuno ed era un uomo rovinato". Secondo il suo racconto, la morte di Nadya portò all'ascesa di Beria, che a sua volta diede origine a molti degli orrori per i quali suo padre fu incolpato.

Eppure, mi aveva appena chiesto di inviarle altre domande, e le storie raccontate da Sergo erano al tempo stesso pittoresche e plausibili. (Una volta citò Svetlana che diceva: "Davvero, è impossibile amare gli uomini. Bisogna trattarli come le api trattano i bombi"). Così decisi di chiedere a Sergo della sua giovinezza.

Poco dopo arrivò una lettera che descriveva la "maledetta famiglia" di Beria e mi denunciava. "È un peccato che le acque sporche di quella che viene chiamata 'cultura americana', ovvero il giornalismo americano, ti abbiano travolto", scriveva. "Potresti certamente fare molto meglio in un campo più onorevole, come le Arti... Addio, caro Nicholas, e spero che la tua vita NON sia dedicata alla Politica. Che spreco di risorse umane."

Ho scritto per scusarmi. Qualche giorno dopo, ho ricevuto una busta contenente la mia lettera non aperta e un breve biglietto: "Tutte le sue lettere saranno restituite allo stesso modo, come questa (allegata), non aperte e non lette". Aggiungeva: "Sto cercando di interrompere la nostra corrispondenza nel modo più cortese possibile".

Due mesi dopo, scrisse di nuovo:

Caro Nicholas,
Scrivo per scusarmi di quella che considero un'inaccettabile maleducazione e una totale mancanza di buone maniere. Sono una persona che non sopporta questo tipo di comportamento, ma con l'avanzare dell'età e lo stress, cose del genere accadono spesso. Ogni medico può confermarlo.
Eppure, che siano medici o meno, non mi piacciono questi sfoghi e vorrei qui – forse tardivamente – dire: mi dispiace moltissimo.
Esiste un proverbio popolare russo molto volgare, per il quale esito a trovare un equivalente in inglese, ma ci proverò. Dice così: "Non toccare la merda, non puzzerà". Nel nostro contesto significa: non toccare il PASSATO, non puzzerà .
Non sei sola: tutti quelli che mi hanno parlato qui negli Stati Uniti, da G. Kennan a tutte le signore e a tutti i giornalisti, mi hanno guardata SOLO attraverso questa lente: la vita di mio padre. Come se non avessi mai avuto una madre! La sua incapacità di vivere in queste acque assolutamente politiche l'ha portata al suicidio. Io sono sopravvissuta molto, molto più a lungo, forse perché la sua triste lezione mi ha insegnato molto. Forse ad essere più paziente di quanto lo fosse lei...
Qualunque cosa sia, non mi dà il diritto di essere scortese. Ecco perché scrivo: per chiedere scusa.

Le risposi con una nuova richiesta: Parlami di tua madre. Questa volta rispose. Ma non era un argomento facile. "Venti lettere a un'amica", sebbene dedicato a sua madre, non contiene ricordi teneri. Ricorda sua madre che la sculacciava e suo padre che correva a consolarla. "Non ricordo che mi abbia mai baciata o accarezzata", scrisse. Nell'unica lettera di sua madre che aveva conservato, veniva rimproverata per il suo comportamento: "Quando la mamma se n'è andata, la sua bambina ha fatto tante promesse, ma ora si scopre che non le sta mantenendo". A un certo punto, scrisse Svetlana, sua madre aveva dichiarato di essere annoiata da "tutto, persino dai bambini". Anni dopo, Svetlana raccontò a Olga che sua madre si era fatta tatuare un quadrato nero sul cuore e le aveva detto che "è lì che si trova l'anima". Era il punto in cui si era sparata.

Ora, però, Svetlana voleva che riflettessi sulle idee politiche di sua madre. Nadya era una delle prime femministe che non avrebbe mai dovuto sposare Stalin. L'atto che l'ha segnata per la storia – il suo suicidio – dovrebbe essere considerato un atto di coraggio politico, non di abdicazione materna:

Erano creature così diverse, ma potevano esserci altre soluzioni oltre al suicidio. Eppure, in quel periodo – tra gli anni '20 e i primi anni '30 – il suicidio era molto "di moda", per così dire, per esprimere opposizione a ciò che stava accadendo in Russia.

Ha concluso:

E sempre più era diventata “la First Lady” del paese, e la vita le diventava sempre più impossibile... Per favore, cercate di vederla non come veniva presentata, ma la vera Nadya: una combattente, a modo suo.

A quel punto, le sue lettere tornarono a essere calorose. Io, però, scrivevo meno frequentemente. Il mio libro era finito e avevo meno domande. Nel giugno del 2011, iniziò a scrivere sulla morte:

Detesto avere un ictus e prego l'Onnipotente di mandarmi un infarto, piuttosto; almeno è veloce. PERÒ sono sempre stato un peccatore, quindi la mia richiesta difficilmente verrebbe presa in considerazione lassù.

Qualche mese dopo, squillò il telefono. Era Olga. Sua madre, che aveva ottantacinque anni, aveva un cancro al colon ed era ricoverata in ospedale. Voleva ricevere notizie e tenere la mente occupata. Olga mi chiese di non menzionare i miei figli. L'argomento sembrava turbare sua madre. Le mandai una lettera, ma non ebbi risposta.

Quando Olga si rese conto che Svetlana era in punto di morte, volle farle visita, ma Svetlana aveva chiesto alla figlia di non vederla morire e di non poter vedere il corpo. Svetlana, mi raccontò Olga, era stata tormentata per tutta la vita dalla vista della madre distesa in una bara aperta.

Svetlana morì quel novembre. Mi aveva detto più volte che quello era stato il mese più difficile per lei. Era il periodo in cui tutto aveva cominciato a fare freddo e in cui sua madre si era suicidata. Svetlana mi aveva detto che si aspettava di morire a ottantacinque anni. Le dissi che anche Kennan era stato fatalista. Era sicuro che sarebbe morto a cinquantanove anni, ma aveva vissuto fino a centouno. Lei rispose: "Beh, lui ha vissuto come voleva. Io non vivo come voglio". ♦