giovedì 3 gennaio 2013

Barbusse+Voltaire, la guerre


— La guerre !
Quelques-uns de ceux qui sont couchés là rompent le silence, et répètent à mi-voix ces mots, et réfléchissent que c’est le plus grand événement des temps modernes et peut-être de tous les temps.
Et même cette annonciation crée sur le paysage limpide qu’ils fixent, comme un confus et ténébreux mirage.
Les étendues calmes du vallon orné de villages roses comme des roses et de pâturages veloutés, les taches magnifiques des montagnes, la dentelle noire des sapins et la dentelle blanche des neiges éternelles, se peuplent d’un remuement humain.
Des multitudes fourmillent par masses distinctes. Sur des champs, des assauts, vague par vague, se propagent, puis s’immobilisent ; des maisons sont éventrées comme des hommes, et des villes comme des maisons, des villages apparaissent en blancheurs émiettées, comme s’ils étaient tombés du ciel sur la terre, des chargements de morts et des blessés épouvantables changent la forme des plaines.
On voit chaque nation dont le bord est rongé de massacres, qui s’arrache sans cesse du cœur de nouveaux soldats pleins de force et pleins de sang ; on suit des yeux ces affluents vivants d’un fleuve de mort.
Au Nord, au Sud, à l’Ouest, ce sont des batailles, de tous côtés, dans la distance. On peut se tourner dans un sens ou l’autre de l’étendue : il n’y en a pas un seul au bout duquel la guerre ne soit pas.
Un des voyants pâles, se soulevant sur son coude, énumère et dénombre les belligérants actuels et futurs : trente millions de soldats. Un autre balbutie, les jeux pleins de tueries :
— Deux armées aux prises, c’est une grande armée qui se suicide.

 Le Feu. Journal d'une escouade, 1916


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Niente era così bello, così spedito, così splendente, così ben ordinato come i due eserciti. Le trombe, i pifferi, gli oboi, i tamburi, i cannoni formavano un’armonia quale non si udì mai neppure all’inferno. Prima i cannoni rovesciarono a terra circa seimila uomini per parte; poi la moschetteria tolse dal migliore dei mondi da nove a diecimila furfanti che ne infettavano la superficie. Anche la baionetta fu la ragion sufficiente della morte di qualche migliaio di uomini. Il totale poteva aggirarsi sulle trentamila anime. Candido, che tremava al pari di un filosofo, si nascose come meglio poté durante questo eroico macello.
Finalmente, mentre i due re facevano cantare dei Te Deum, ciascuno, nel proprio accampamento, decise d’andarsene da un’altra parte a ragionare sugli effetti e le cause. Passò sopra mucchi di morti e morenti, e raggiunse dapprima un villaggio vicino; era ridotto in cenere. Si trattava di un villaggio avaro che i Bulgari avevano incendiato, secondo le leggi del diritto pubblico. Qui vecchi crivellati di colpi guardavano morire le loro mogli sgozzate, che stringevano i bambini alle mammelle sanguinanti; là ragazze sventrate, dopo avere saziato i naturali bisogni di qualche eroe, esalavano l’ultimo respiro; altre, semibruciate, gridavano implorando di finirle. Cervelli erano sparsi per terra, accanto a braccia e gambe tagliate.
Candido fuggì al più presto in un altro villaggio: apparteneva ai Bulgari, e gli eroi Avari l’avevano trattato allo stesso modo.

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 Rien n'était si beau, si leste, si brillant, si bien ordonné que les deux armées. Les trompettes, les fifres, les hautbois, les tambours, les canons, formaient une harmonie telle qu'il n'y en eut jamais en enfer. Les canons renversèrent d'abord à peu près six mille hommes de chaque côté ; ensuite la mousqueterie ôta du meilleur des mondes environ neuf à dix mille coquins qui en infectaient la surface. La baïonnette fut aussi la raison suffisante de la mort de quelques milliers d'hommes. Le tout pouvait bien se monter à une trentaine de mille âmes. Candide, qui tremblait comme un philosophe, se cacha du mieux qu'il put pendant cette boucherie héroïque.
Enfin, tandis que les deux rois faisaient chanter des Te Deum chacun dans son camp, il prit le parti d'aller raisonner ailleurs des effets et des causes. Il passa par-dessus des tas de morts et de mourants, et gagna d'abord un village voisin ; il était en cendres : c'était un village abare que les Bulgares avaient brûlé, selon les lois du droit public. Ici des vieillards criblés de coups regardaient mourir leurs femmes égorgées, qui tenaient leurs enfants à leurs mamelles sanglantes ; là des filles éventrées après avoir assouvi les besoins naturels de quelques héros rendaient les derniers soupirs ; d'autres, à demi brûlées, criaient qu'on achevât de leur donner la mort. Des cervelles étaient répandues sur la terre à côté de bras et de jambes coupés.
Candide s'enfuit au plus vite dans un autre village : il appartenait à des Bulgares, et des héros abares l'avaient traité de même.

Candide, chapitre 3

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 Che cosa ne è e che cosa mi importano l’umanità, la beneficenza, la modestia, la temperanza, la dolcezza, la saggezza, la pietà, quando un mezza libbra di piombo sparata da tre quattrocento metri mi lacera il corpo, e io muoio a vent’anni tra tormenti inesprimibili, in mezzo a cinque o seimila moribondi, quando i miei occhi, che si aprono per l’ultima volta, vedono la città in cui sono nato messa a ferro e fuoco, e gli ultimi suoni che odono le mie orecchie sono le grida delle donne e dei bambini che spirano sotto le sue rovine, e tutto ciò per i presunti interessi di un uomo che noi non conosciamo?

Dizionario filosofico, voce "guerra"

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Que deviennent et que m’importent l’humanité, la bienfaisance, la modestie, la tempérance, la douceur, la sagesse, la piété, tandis qu’une demi-livre de plomb tirée de six cents pas me fracasse le corps, et que je meurs à vingt ans dans des tourments inexprimables, au milieu de cinq ou six mille mourants, tandis que mes yeux, qui s’ouvrent pour la dernière fois, voient la ville où je suis né détruite par le fer et par la flamme, et que les derniers sons qu’entendent mes oreilles sont les cris des femmes et des enfants expirants sous des ruines, le tout pour les prétendus intérêts d’un homme que nous ne connaissons pas?