sabato 23 febbraio 2013

L'omaggio di Proust a Jaurès

Jaurès figura tra i personaggi di Proust sotto le spoglie del deputato Couzon, nel romanzo incompiuto Jean Santeuil. Nell'episodio sotto riportato, la simpatia dell'autore per il generoso paladino degli oppressi è grande e dà luogo a un atteggiamento di appassionata comprensione: "Più tardi, ripensando a quel momento in cui egli [Jean Santeuil, il narratore] avrebbe voluto lapidare i duecento deputati che sogghignavano, interrompevano Couzon prima che avesse parlato, battevano le loro tavolette per coprire lo strepito della sua voce, si spiegò meglio come Couzon, vedendo ogni giorno i suoi progetti di legge, i suoi discorsi soffocati dalla loro maggioranza trionfante, fosse uscito ogni giorno con una rabbia nel cuore che ricalcava per lui con colori di fuoco i loro tratti ripugnanti di meschinità e di orgoglio". Le ultime parole del brano sono straordinarie per il gioco che instaurano di sentimenti rispecchiati, arroventati e respinti. In un altro episodio le cose tra Jean Santeuil e Couzon non vanno più tanto bene. Ma, a leggere i brani qui considerati, che Proust abbia saputo cogliere la grandezza di Jaurès e si sia mostrato sensibile al suo fascino è indubbio. 

giovanni carpinelli

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On vient de clore la discussion sur le massacre d'Arménie. Il est convenu que la France ne fera rien. Tout à coup, à l'extrême gauche, un homme d'une trentaine d'années, un peu gros, aux cheveux noirs crépus, et qui vous aurait semblé, si vous l'aviez observé, en proie à un trouble indéfinissable et comme s'il hésitait a obéir a une voix intérieure, se balance un instant sur son banc puis levant le bras d'un geste sans expression, comme arraché par la coutume qui rend nécessaire cette formalité à qui demande la parole, se dirige d'un pas vaillant et comme effrayé de la grande responsabilité qu'il prend, vers la tribune. C'est Couzon [Jaurès] que vous vous rappelez avoir vu comme interne à l'hôpital Necker, aujourd'hui chef du parti socialiste à la Chambre, élu à la fois dans les quatre grands départements houillers de France, et qui a opté pour le plus malheureux, celui où la vie noire et triste d'au-dessus de la mine ressemble le plus à la vie noire et triste d'au-dessous, le département du Nord [...]
Jean a compris que Couzon avait été poussé à parler par ce sentiment de la Justice qui le prenait parfois tout entier comme une sorte d'inspiration. Alors ce "quelque chose" qu'il sentait vaguement qu'il y avait à dire, mais qu'il croyait indigne d'être écouté de gens sérieux, reprend immédiatement pour lui une valeur immense. Et ce sont les gens sérieux qui deviennent tout petits. Il est profondément ému. Et quand Couzon se décide à faire de son gros bras court ce petit geste de convention au-dessus de sa tête, c'est comme un signal qui retentit longuement dans le cœur de Jean. Et en voyant les petites jambes de Couzon se hâter disgracieusement vers la tribune, il lui semble que jamais corps humain n'a exprimé tant de dignité et de grandeur. Il y a dans Beethoven des mesures à contretemps et sans aucun motif noble qu'on ne peut écouter sans frémir.
Plus tard, en repensant à ce moment où il aurait voulu lapider les deux cents députés ricanant, interrompant Couzon avant qu'il n'ait parlé, battant leurs pupitres pour couvrir le bruit de sa voix, il s'expliqua mieux que Couzon, voyant chaque jour ses idées, ses projets de loi, ses discours étouffés par une majorité triomphante, soit sorti chaque jour avec une rage au coeur qui repassait, pour lui,à une couleur enflammée leurs traits déplaisants d'étroitesse et d'orgueil.
Il est à la tribune et il attend, balancé sur ses jambes comme la barque prête à partir qui n'est pas encore détachée, mais que le flot roule selon son mouvement sans qu'elle s'y livre encore. Une ou deux fois il dit: "Messieurs!" La voix est forte, presque énorme, une émotion inouïe y tremble et la fait remuer.
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Marcel Proust, Jean Santeuil [1895-1900], Pléiade 1971, pp. 600-603

Voir aussi Gilles Candar, Couzon, le Jaurès de Marcel Proust, "Bulletin de la société d'études jaurésiennes, n. 118, juillet-septembre 1990, pp. 13-15; Vincent Duclert, Jean Jaurès et la Turquie. La fêlure des massacres arméniens, http://www.imprescriptible.fr/pedagogie/jean-jaures.htm; P. Kolb, Proust's Portrait of Jaurès in Jean Santeuil, "French Studies", vol. XV, 1961, Issue 4, pp. 338-349; discours de Jean Jaurès à la Chambre des députés, Paris, le 3 novembre 1896: http://www.globalarmenianheritage-adic.fr/fr/6histoire/a_d/19_jaures1896an.html