sabato 30 agosto 2014

Nizan, i funerali di Jaurès


La Conspiration
1938


Il primo ricordo politico del gruppo risaliva al millenovecentoventiquattro. Era stato un anno che aveva avuto inizio con i morti, con la scomparsa dei simboli o delle figure più significative nei primi anni della Pace: Lenin in gennaio, Wilson in febbraio, Hugo Stinnes in aprile. In maggio, elezioni piene di lirismo avevano portato al potere il blocco delle sinistre: visto che era finito il tempo della Camera blu orizzonte [= patriottarda, dal colore delle divise militari], si riteneva che la guerra fosse stata una volta per tutte liquidata e che stesse ricominciando  quel piccolo regolare scivolamento verso sinistra nel quale gli storici seri vedono il segreto della Repubblica, trovando che questo destino provvidenziale può sistemare molte cose e autorizza a dormire sonni tranquilli. In novembre, per far piacere a un paese che per cinque mesi non aveva cessato di sperare si è deciso di trasferire il corpo di Jean Jaurès al Pantheon, dove il morto del luglio 1914 era atteso dalla Patria riconoscente, e ciò che restava dei Grandi Uomini, La Tour d'Auvergne, Sadi Carnot, Berthelot, il conte Timoléon de Cosse-Brissac e il conte Paigne-Dorsenne. ...
Tutti gli ospiti assumevano delle facce da funerale, gruppetti di personaggi parlottavano sottovoce negli angoli; dei deputati distribuivano strette di mano con volti e inchini ridondanti di una familiarità smaccata; di tanto in tanto si udiva lo scoppio della voce arrochita di qualcuno che non riusciva a tenere bassa la voce. Gli uscieri che portavano la loro piccola feluca con coccarda tricolore sotto il bracciocamminavano con un passo solenne da svizzeri, in scarpe logore che non cigolavano; aprirono un varco tra il catafalco e la porta, attraverso la folla che si era addensata come se Jaurès avesse realmente avuto un gran numero di fratelli, parenti e amici inconsolabili
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I minatori di Carmaux, con le loro casacche nere di lavoro e i loro cappelli di cuoio, si disposero goffamente intorno al catafalco, dove gli uscieri e i becchini delle pompe funebri accatastavano le corone avvizzite che avevano appena smesso di viaggiare nell'ombra gelida del vagone. Nessuno piangeva: un decennio di morte asciuga tutte le lacrime, ma gli uomini si erano convertiti in maschere. (...) In quella grande cella di pietra, Laforgue e i suoi amici avevano l'impressione di essere i complici silenziosi di politici abili che si erano con destrezza impadroniti di quella bara eroica e di quella polvere di uomo assassinato, per usarle come pezzi importanti in un gioco con altre pedine che erano senza dubbio monumenti, uomini, conversazioni, voti, promesse, medaglie e affari di denaro: essi sentivano di essere meno che niente tra tutti quei tipi calcolatori e cordiali. Per fortuna, ogni tanto, attraverso le pareti e il rumore soffocato del calpestio e della musica, arrivava come una raffica di grida, e si dicevano allora  che ci doveva essere nella notte una sorta di vasto mare che si spezzava con rabbia e tenerezza contro le scogliere cieche della Camera; non distinguevano le parole di cui erano intessute quelle grida, ma a momenti indovinavano "Jaurès" in fondo a quei clamori. (...)

Il boulevard si riempì: erano gli operai della periferia, le masse dei quartieri popolosi dell'est e del nord della città; occupavano tutta la strada da un marciapiede all'altro, il fiume finalmente si era messo a scorrere. La gente del primo corteo, che erano persone degne, non cantava; questi cantavano, e siccome cantavano l'Internazionale, i residenti della via Soufflot e del boulevard Saint-Michel, che non ne avevano mai visti così tanti e avevano iniziato a non sentirsi orgogliosi dietro le loro tende e tendine, si misero a gridare insulti e a tendere il pugno, ma poiché nessuno poteva sentire le loro urla, queste manifestazioni di sedentari non avevano in fin dei conti nessuna importanza.  

Gli spettatori sui marciapiedi spalancavano gli occhi e leggevano torcendosi il collo le scritte dei cartelli che erano nello stile: "Jaurès vittima della guerra è glorificato dai suoi asssassini", e che protestavano contro il Piano Dawes, il Blocco delle sinistre, il fascismo, la guerra e reclamavano la rivoluzione e il rinvio a giudizio dei responsabili della guerra davanti a un Tribunale rivoluzionario: forse erano slogan un po' utopici, ma non c'era alcun dubbio sulla giovane verità di queste parole d'ordine considerando che i deputati socialisti avevano appena votato i fondi segreti degli Interni
Si poteva pensare solo  a forze piene di vigore, alla linfa, a un fiume, al flusso del sangue. Infine il boulevard meritava il suo nome di arteria.

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Le premier souvenir politique de l’équipe remontait à mil neuf cent vingt-quatre. C’était une année qui avait commencé par des morts, par la disparition des symboles ou des acteurs les plus considérables des premières années de la Paix : Lénine était mort en janvier, Wilson en février, Hugo Stinnes en avril. En mai, des élections pleines de lyrisme avaient amené au pouvoir le bloc des Gauches : comme on venait d’en finir avec la Chambre bleu horizon, on croyait que la guerre était définitivement liquidée et qu’on allait tranquillement recommencer le petit glissement régulier vers la gauche où les historiens sérieux voient le secret de la République en trouvant que cette fatalité providentielle arrange bien des choses et permet de dormir sur ses deux oreilles. En novembre, pour plaire à un pays qui n’avait pas fini en cinq mois d’espérer, on décida de transférer le corps de Jean Jaurès au Panthéon, où le mort du mois de juillet quatorze était attendu par la Patrie reconnaissante et ce qui restait des Grands Hommes, La Tour d’Auvergne, Sadi Carnot, Berthelot, le comte Timoléon de Cossé-Brissac et le comte Paigne-Dorsenne. ...
Tous les invités se composaient des figures de maison mortuaire, de petits groupes de personnages causaient bas dans les coins ; des députés serraient des mains avec une mine et un dos rond pleins de familiarité écrasée ; de temps en temps on entendait l’éclat de voix enrouée de quelqu’un qui n’arrivait pas à parler bas. Les huissiers qui portaient leur petit bicorne à cocarde tricolore sous le bras marchaient avec un pas solennel de Suisses, dans des souliers brisés qui ne craquaient pas ; ils ouvrirent un passage entre le catafalque et la porte, à travers la foule qui s’était épaissie comme si Jaurès avait réellement eu des quantités de frères, de parents et d’amis inconsolables. (...)
Les mineurs de Carmaux, qui portaient leurs blouses noires du fond et leurs chapeaux de cuir, se rangèrent maladroitement autour du catafalque où les huissiers et les porteurs des Pompes funèbres empilaient les couronnes flétries qui venaient de faire le voyage dans l’ombre glaciale du wagon. Personne ne pleurait : dix ans de mort tarissent toutes les larmes, mais des hommes se fabriquaient des masques. (...) Dans ce grand alvéole de pierre, Laforgue et ses amis avaient l’impression d’être les complices silencieux de politiques habiles qui avaient adroitement escamoté cette bière héroïque et cette poussière d’homme assassiné, qui devaient être les pièces importantes d’un jeu dont les autres pions étaient sans doute des monuments, des hommes, des conversations, des votes, des promesses, des médailles et des affaires d’argent : ils se sentaient moins que rien parmi tous ces types calculateurs et cordiaux. Heureusement, il venait parfois, à travers les murailles et la rumeur étouffée des piétinements et des musiques, comme une rafale de cris, et ils se disaient alors qu’il devait exister dans la nuit une espèce de vaste mer qui se brisait avec de la rage et de la tendresse contre les falaises aveugles de la Chambre ; ils ne distinguaient pas de quels mots ces cris étaient faits, mais ils devinaient quelquefois Jaurès au bout de ces clameurs. (...)
Le boulevard s’emplit : c’étaient les ouvriers de banlieue, la masse des quartiers denses de l’est et du nord de la ville ; ils tenaient la chaussée d’un bord à l’autre bord, le fleuve finalement s’était mis à couler. Les gens du premier cortège, qui étaient des gens dignes, ne chantaient pas ; ceux-ci chantaient, et comme ils chantaient l’ Internationale , les locataires de la rue Soufflot et du boulevard Saint-Michel, qui n’en avaient jamais tant vu et qui commençaient à ne pas se sentir fiers derrière leurs rideaux à embrasse et leurs brise-bise, se mirent à crier des injures et à tendre le poing, mais comme personne n’entendait leurs cris, ces manifestations de sédentaires n’avaient pas autrement d’importance.
Les spectateurs sur les trottoirs ouvraient les yeux et ils lisaient en se tordant le cou les inscriptions des pancartes qui étaient dans ce style : Jaurès victime de la guerre est glorifié par ses asssassins, et qui protestaient contre le plan Dawes, le Bloc des gauches, le fascisme, la guerre et réclamaient la Révolution et la mise en jugement des responsables de la guerre devant un Tribunal révolutionnaire : peut-être étaient-ce des mots d’ordre légèrement utopiques, mais il n’y avait pas un doute à avoir sur la jeune vérité de ces cris de ralliement quand on se disait que les députés socialistes venaient de voter les fonds secrets de l’Intérieur.
On ne pouvait penser qu’à des puissances drues, à la sève, à un fleuve, au cours du sang. Le boulevard méritait enfin son nom d’artère.

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Sui funerali di Jaurès ancora Avner Ben-Amos, La panthéonisation de Jean Jaurès 
"Terrain", 15 octobre 1990  http://terrain.revues.org/2983