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martedì 13 gennaio 2015

Il massacro a Charlie Hebdo: una testimone racconta

Soren Seelow
"C'est Charlie, venez vite, ils sont tous morts"
Le Monde, 13 janvier 2015

Sur la table, devant elle, Sigolène Vinson avait posé sa lecture du moment : La Faute de l’abbé Mouret, d’Emile Zola, l’histoire d’un prêtre déchiré entre sa vocation religieuse et l’amour d’une femme. Ce mercredi 7 janvier, peu après 10 heures, chacun s’est embrassé en se souhaitant la bonne année. C’était jour de rentrée pour l’équipe de Charlie Hebdo, la première conférence de rédaction de 2015. C’était aussi l’anniversaire de Luz, le dessinateur. Sigolène Vinson, la préposée habituelle aux chouquettes, avait donc apporté un « gâteau marbré » de la boulangerie du coin.
La jeune femme, chroniqueuse judiciaire de l’hebdomadaire satirique, se souvient de chaque détail de cette matinée où les rires se sont tus. Elle nous reçoit dans les locaux de Libération, qui offre l’asile depuis vendredi aux rescapés de Charlie Hebdo pour réaliser le numéro d’après, qui doit sortir mercredi 14 janvier. Elle chasse d’un bref sourire les ombres qui hantent son visage. Dix de ses amis ont été assassinés sous ses yeux mercredi. Elle a été épargnée. Elle tient à témoigner, dans un flot de mots entrecoupé de silences, de sourires et de larmes, pour ressusciter ce qu’était Charlie Hebdo, la joie de vivre et les morts.
En entrant dans la rédaction, ce jour-là, son gâteau dans les bras, elle salue Angélique, la femme chargée de l’accueil, dont le bureau fait face à l’entrée. Immédiatement à gauche se trouve celui de Simon Fieschi, le webmaster, qui tourne le dos à la porte blindée. Dans la kitchenette, Tignous prépare le café. Comme souvent, des « invités » de la rédaction sont présents. Michel Renaud est venu rendre à Cabu des dessins empruntés pour un festival qu’il a fondé, le Rendez-vous du carnet de voyage. Il a apporté un cadeau emballé dans un gros paquet : un jambon.
Lila, le petit cocker roux du journal, trottine de jambes en jambes. Avec une inclination particulière pour Cabu, surtout quand il y a du jambon, « parce qu’il donne toujours sa part au chien ». Sigolène Vinson parle au présent, des morts comme des vivants. Arrivé en retard, Philippe Lançon bougonne parce qu’il n’y a pas assez d’exemplaires de Charlie pour tout le monde. Un concours de blagues grivoises chasse rapidement son air chagrin : la conférence de rédaction vient de commencer.
Autour de la grande table rectangulaire sont assis, de gauche à droite à partir du seuil de la porte : Charb, Riss, Fabrice Nicolino, Bernard Maris, Philippe Lançon, Honoré, Coco, Tignous, Cabu, Elsa Cayat, Wolinski, Sigolène Vinson et Laurent Léger. L’invité, Michel Renaud, est assis sur une chaise dans un coin de la pièce. Luz et Catherine Meurisse, une autre dessinatrice sont en retard. Zineb El Rhazoui, la jeune reporter, est en vacances au Maroc, Gérard Biard, le rédacteur en chef, à Londres. Antonio Fischetti, le journaliste scientifique, assiste à l’enterrement de sa tante en province. Quant à Willem, il goûte peu les conférences de rédaction.
Charb, comme toujours, enchaîne les jeux de mots et griffonne sur les feuilles du chemin de fer. « Il dessinait tout le temps, raconte Sigolène Vinson en esquissant un sourire. Ses feuilles de chemin de fer étaient géniales. J’admirais son sens du détournement. Tous ses dessins traduisaient instantanément nos échanges autour de la table. »

« On a entendu “pop pop” »

Ce jour-là, les « échanges » tournent autour du dernier roman de Michel Houellebecq, Soumission, auquel est consacrée la « une » du jour. Il est question de littérature, de racisme, d’Eric Zemmour, des manifestations anti-islam en Allemagne. Certains défendent Houellebecq, d’autres s’inquiètent de la « montée du fascisme » dans la société. Il y a ceux qui parlent et ceux qui observent. Sigolène Vinson, assise à droite de la porte à côté de Laurent Léger, fait partie des plus réservés.
L’économiste Bernard Maris, qui lui fait face, l’invite à s’exprimer. Elle décline l’invitation en lui souriant timidement et se lève pour chercher du café. « A ce moment, dans la kitchenette, j’étais emplie d’un sentiment de bonheur. Malgré le boucan derrière moi, les débats parfois très sportifs entre nous, je réalisais quelle chance j’avais d’appartenir à cette rédaction, de fréquenter ces gens, si drôles, si intelligents, si gentils… »
En retournant dans la salle de rédaction, elle aperçoit Philippe Lançon enfilant son manteau, son bonnet et son sac à dos. Un jeu de mots traverse la pièce. Le dernier de la journée. « Il y avait le mot “susmentionné”, ou quelque chose dans le genre, il y avait “suce” dedans. » Charb lance à Philippe : « On fait cette blague pour que tu ne nous quittes pas. »
A cet instant précis, Luce Lapin, la secrétaire de rédaction, s’apprête à quitter la salle pour corriger un numéro spécial sur la gestation pour autrui. Elle a déjà un pied dans son bureau, accolé à celui de Mustapha Ourrad, le correcteur d’origine kabyle qui, après des décennies de présence sur le territoire, vient d’obtenir la nationalité française. Leurs bureaux sont séparés de la salle de rédaction par une simple porte vitrée.
A cet instant précis, « on a entendu deux “pop”. Ça a fait “pop pop” ». Dans une assemblée de dessinateurs affairés à inventer des bulles, des coups de feu font forcément « pop pop ». Les deux balles ont perforé les poumons de Simon Fieschi, 31 ans, le webmaster chargé de gérer le tombereau d’insultes qui affluent à la rédaction depuis des années. Son bureau est le premier qu’on rencontre quand on pénètre dans les locaux. Il sera la première victime de l’équipée vengeresse des frères Kouachi. Grièvement blessé, il a été hospitalisé dans un état critique.
Dans la salle de rédaction, un moment de flottement. « Luce a demandé si c’était des pétards. On s’est tous demandé ce que c’était. » Elle voit Franck Brinsolaro, un des policiers chargés de la protection de Charb, se lever de son bureau, logé dans un renfoncement de la pièce. « Sa main semblait chercher quelque chose sur sa hanche, peut-être son arme. Il a dit : “Ne bougez pas de façon anarchique.” Il a semblé hésiter près de la porte. Je me suis jetée au sol. “Pop pop” dans Charlie, je comprends que ce ne sont pas des pétards. »
La jeune femme rampe sur le parquet en direction du bureau de Luce et Mustapha, à l’autre bout de la pièce. Elle entend la porte d’entrée de la salle de rédaction « sauter » et un homme crier « Allahou akbar ». Puis cette question : « Où est Charb ? ». « Pendant que je rampe au sol, j’entends des coups de feu. Je ne veux pas me retourner pour ne pas voir la mort en face. Je suis sûre que je vais mourir. Je rampe et j’ai mal au dos. Comme si on me tirait dans le dos. » Aucun tir ne l’a touchée.

Réfugiée derrière un muret

Tandis que les balles sifflent dans la pièce, elle parvient à atteindre le bureau de Mustapha et Luce, puis se cache un peu plus loin derrière le muret qui marque la séparation avec celui des maquettistes. Laurent Léger, son voisin de table, est parvenu à se glisser sous le bureau du policier. Adossée au muret, la jeune femme aperçoit Jean-Luc, le maquettiste, qui s’est lui aussi réfugié sous son bureau. Elle entend la scène qu’elle ne voit pas : « Ce n’était pas des rafales. Ils tiraient balle après balle. Lentement. Personne n’a crié. Tout le monde a dû être pris de stupeur. »
Puis tout s’est tu. « Je connaissais l’expression “un silence de mort”… », dit-elle. Le silence, et cette « odeur de poudre ». Sigolène Vinson ne voit rien. Réfugiée derrière le muret, elle entend la mort, elle la sent. Puis elle perçoit des pas qui s’approchent. Elle les mime. Des coups de feu, à nouveau. « Je comprends que c’est Mustapha. » Puis elle voit. « J’ai vu les pieds de Mustapha au sol. » Les pas se rapprochent. Un des tireurs, « habillé comme un type du GIGN », contourne lentement le muret et la met en joue. Il porte une cagoule noire.
« Je l’ai regardé. Il avait de grands yeux noirs, un regard très doux. J’ai senti un moment de trouble chez lui, comme s’il cherchait mon nom. Mon cerveau fonctionnait très bien, je pensais vite. J’ai compris qu’il n’avait pas vu Jean-Luc, sous son bureau. » L’homme qu’elle regarde dans les yeux s’appelle Saïd Kouachi. Il lui dit : « N’aie pas peur. Calme-toi. Je ne te tuerai pas. Tu es une femme. On ne tue pas les femmes. Mais réfléchis à ce que tu fais. Ce que tu fais est mal. Je t’épargne, et puisque je t’épargne, tu liras le Coran. » Elle se souvient de chaque mot.
Les yeux plantés dans le regard du tueur, Sigolène Vinson engage un dialogue mental avec lui. Ses pensées courent toutes seules. « Je me suis demandé pourquoi il me disait ça. Je pensais que mes chroniques judiciaires étaient jolies. Je trouvais assez cruel de sa part de me demander de ne pas avoir peur. Il venait de tuer tout le monde et me braquait avec son arme. Je l’ai trouvé injuste. Injuste de dire que ce qu’on faisait était mal, alors que le bien était de notre côté. C’est lui qui se trompait. Il n’avait pas le droit de dire ça. »
Durant cet échange silencieux, elle ne quitte pas son agresseur du regard. « Je lui fais un signe de la tête. Pour garder un lien, un contact. Peut-être qu’inconsciemment, je cherche à l’attendrir. Je ne veux pas perdre son regard car Jean-Luc est sous la table, il ne l’a pas vu, et j’ai bien compris que s’il ne tue pas les femmes, c’est qu’il tue les hommes. »
Dans la salle de rédaction, où se trouve Chérif Kouachi, le frère cadet de Saïd, une femme a été assassinée : Elsa Cayat, psychanalyste et chroniqueuse à Charlie. Saïd Kouachi se tourne vers la grande pièce et crie : « On ne tue pas les femmes. » Trois fois. « A ce moment, je ne sais pas qu’Elsa est morte, dit Sigolène Vinson. Ni que Cécile, Luce et Coco se sont réfugiées dans un autre bureau. »
« On ne tue pas les femmes ! », crie Saïd. Puis il disparaît. Sigolène Vinson perd le contact avec « ces grands yeux doux » qui sortaient de la cagoule. A un moment, elle ne sait plus trop quand, elle s’approche de la fenêtre pour sauter, avant de se rendre compte que c’est « trop haut ». « Je me suis retrouvée avec Jean-Luc, on est resté interdits. On ne savait pas s’ils étaient vraiment partis. » Des coups de feu retentissent au loin, dans la rue. « J’ai entendu Lila, les petits pas de Lila, passer à côté de Mustapha. » Elle mime les petits pas de Lila. Dans son souvenir, la mémoire de ses sens exacerbés, le chien courait de bureau en bureau pendant la tuerie.

Chaque seconde est une éternité

Sigolène retourne dans la salle de rédaction. Sa « vision d’horreur ». « Je vois les corps par terre. Tout de suite, j’aperçois Philippe, le bas du visage arraché, qui me fait signe de la main. Il y a deux corps sur lui. C’était trop. » Elle s’interrompt. Puis reprend, la voix étranglée : « Il a essayé de me parler avec la joue droite arrachée… Je lui ai dit de ne pas parler. Je n’ai pas pu m’approcher de lui. Je n’ai pas pu lui tenir la main. Je n’ai pas réussi à l’aider. C’était trop. » Philippe Lançon, dont les jours ne sont pas en danger, a reçu une balle dans la joue droite.
Tous les morts ont été retrouvés face contre terre. Sigolène enjambe les corps de Cabu, d’Elsa, de Wolinski et de Franck, le policier, pour récupérer son portable dans son manteau. Elle appelle les pompiers. La conversation dure 1 min 42 s. « C’est Charlie, venez vite, ils sont tous morts. » Le pompier lui demande « combien de corps ? ». Elle s’agace, le trouve « con ». Le pompier lui demande l’adresse de Charlie Hebdo. Elle ne s’en souvient plus. Elle répète trois fois : « Ils sont tous morts ! »
Au fond de la pièce, une main se lève. « Non, moi je ne suis pas mort. » C’est Riss. Allongé sur le dos, il est touché à l’épaule. A côté de lui, Fabrice Nicolino fait signe à Sigolène Vinson de venir l’aider. Atteint aux jambes et à l’abdomen, il est assis dans une mare de sang. « C’est horrible à dire, mais comme ses blessures étaient moins apparentes que celles de Philippe, c’était plus facile pour moi de m’occuper de lui. Il m’a demandé quelque chose de frais pour son visage, je lui ai rapporté un torchon mouillé. Puis il m’a demandé de l’eau. Je ne savais pas qu’il ne fallait pas donner d’eau dans ces circonstances, je suis allée remplir une flûte à champagne en plastique dans la cuisine. Il perdait beaucoup de sang. Puis il s’est senti partir, il m’a demandé de lui parler. »
Ses proches, informés du drame, commencent à l’appeler. « Dès que je décrochais, je hurlais, je tenais des propos incohérents. Riss m’a demandé de me calmer. Dès que je raccrochais, je me calmais, je retrouvais mes esprits. » Coco fait irruption dans la pièce. Elle se précipite sur Philippe Lançon pour lui venir en aide. « Ça m’a soulagée, dit Sigolène Vinson, moi je n’y arrivais pas. »
Chaque seconde semble une éternité. L’attente de l’arrivée des secours, qui tarde, est insupportable. « Tout à coup a surgi dans la salle une femme habillée de noir, assez jolie. J’ai appris plus tard qu’elle travaillait en face, sur le même palier. Elle avait les yeux exorbités. Elle disait : “C’est horrible, c’est horrible.” Elle avait la main sur la bouche. Elle voulait aider, mais elle ne pouvait pas. »
La silhouette de Patrick Pelloux apparaît dans l’embrasure de la porte. « Je l’ai vu se pencher sur le corps de Charb. Il lui a pris le pouls au niveau du cou. Puis il lui a caressé la tête et lui a dit : “Mon frère.” » Le récit s’interrompt. Elle reprend : « Il lui a dit “Mon frère”. » La conversation se noie à nouveau : « Mon frère… »
La jeune femme se souvient qu’on lui fait alors quitter la pièce. On l’emmène dans « l’aquarium », le grand bureau vitré où travaillent d’ordinaire Zineb, Laurent Léger et Gérard Biard. « Je vois Luz, je ne comprends pas ce qu’il fait là car il n’était pas à la conférence de rédaction. Je suis ahurie. Puis je vois Laurent Léger, je ne comprends pas non plus car lui y était. Je suis tellement contente. Des pompiers arrivent, puis Riss. Je m’aperçois qu’il y a Cécile, Coco et Luce. C’est là que je me rends compte qu’il y a des vivants. Que toutes les femmes, en dehors d’Elsa, sont vivantes. »
Arrivé en retard à la conférence de rédaction, Luz avait apporté une galette des rois. Le gâteau marbré de Sigolène Vinson, lui, a « volé en éclats ». Lila, le cocker roux, a continué de courir de table en table. La jeune femme cherche ses mots. Le sens se dérobe. « Cette rédaction, ce n’était que des rires et de la gentillesse. Une vraie douceur, une vraie tendresse. Quand j’ai vu Cabu et Wolinski, des vrais, vrais gentils, je n’ai pas compris… »

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venerdì 9 gennaio 2015

Jünger e Genevoix visti da Bernard Maris




Maurice Genevoix






Ernst Jünger




















Bernard Maris





















 
Pierre Pachet
Due del 14
L'Indice

... Pierre Pachet, membro con Jean Lacoste e Tiphaine Samoyault della direzione editoriale della “Quinzaine”, è autore di un’ampia produzione saggistica, che spazia dal pensiero di Baudelaire alle vicissitudini culturali e politiche dell’Europa dell’Est (Pachet è di origine russa) e comprende testi autobiografici di una lucidità appassionata e rigorosa molto particolare. Grecista in origine, è il curatore della più recente e autorevole edizione francese della Repubblica di Platone. Uscito in apertura del primo numero di quest’anno della “Quinzaine” (n. 1096, 1°-15 gennaio 2014) con il titolo Deux de 14, l’articolo commenta il libro di Bernard Maris*, in cui l’esperienza della prima guerra mondiale, nell’occasione del centenario, è rivisitata attraverso le testimonianze, esemplari nelle loro contrapposte sensibilità e visioni, dei due grandi scrittori che si trovarono a combattere sui due opposti fronti in una medesima battaglia: Maurice Genevoix (1890-1980), autore di varie memorie e racconti pubblicati tra il 1916 e il 1923, poi raccolti nel volume Ceux de 14 (1949) ed Ernst Jünger, autore di Tempeste d’acciaio (1920; Guanda, 1990).

Con stupefacente delicatezza (trattandosi delle atrocità di massa della grande guerra) e con un costante sforzo d’imparzialità, in questo libro (L’homme dans la guerre. Maurice Genevoix face à Ernst Jünger, pp. 80, € 16,Grasset, Paris 2014) Bernard Maris rimette uno di fronte all’altro questi due combattenti in campi opposti, feriti lo stesso giorno sulla cresta di Les Éparges, nella Mosa, il 25 aprile 1915, per mettere a confronto il modo in cui hanno vissuto e descritto situazioni simmetriche. In realtà, sono anche due scrittori notevoli, benché Maurice Genevoix abbia paradossalmente un po’ sofferto del successo dei suoi racconti sulla Sologne e sugli animali, e degli infiniti dettati scolastici tratti da Raboliot e da Rroû, dettati divenuti, temo, troppo difficili per gli alunni di oggi. Bernard Maris li ha amati: prima Jünger, poi Genevoix (i due d’altronde non si sono mai né conosciuti né letti), ed ecco che li mette a confronto tra loro.
A meno di sedici anni, Jünger, dandy e scrittore nato, si arruola per un breve periodo nella legione straniera, poi parte a diciannove anni per il fronte. È fortunato: “Ferito quattordici volte, mai gravemente, salvato dalla ferita riportata a Les Éparges (la sua unità viene decimata), salvato da un’altra ferita agli inizi della battaglia della Somme, alla quale non partecipa nei primi giorni (la sua unità è totalmente annientata, non sopravvive nessuno)”. Nel 1918, riceve la croce “al merito”; sarà l’ultimo tedesco a portarla quando morirà, a 102 anni, divenuto “il sopravvivente” nel senso sinistro che Elias Canetti dà a questo termine in un capitolo di Massa e potere. Il suo libro magnifico e spaventoso, Tempeste d’acciaio, più volte riscritto, dal 1918 al 1978 (“i suoi curatori nella “Pléiade” rilevano 2500 varianti”), è uno dei più belli e dei più veri su quello che fu la prima guerra mondiale.
Nel 1915, Genevoix ha ventiquattro anni. È uno studente brillante (primo in graduatoria all’École normale supérieure), noncurante e seduttore; la guerra ne fa uno scrittore e un guerriero, un capo preoccupato di far cessare il panico e di risparmiare le vite dei suoi uomini. Incidentalmente, Bernard Maris confuta la frase “stupida” di Barbusse, che in Le Feu scrive: “Non ci sono quasi intellettuali, artisti o ricchi che durante questa guerra abbiano rischiato la vita nelle trincee, se non di sfuggita, né kepi gallonati”. Maris: “I gallonati, dell’École normale o della scuola militare di Saint Cyr si son fatti massacrare più degli altri... Quattrocento normaliens mobilitati, duecento uccisi”. L’enorme e ammirevole libro di Genevoix Ceux de 14 non fu riscritto. Fu censurato perché descriveva “le scene di panico, le violenze fatte alla popolazione, ai prigionieri… la stupidità degli ordini.” La sua prima parte, Sous Verdun, non ebbe il premio Goncourt nel 1916 perché scritta “con troppa semplicità, senza il velo del pacifismo o della lezione a posteriori che lo fecero ottenere a Barbusse. Anche Genevoix scampò alla morte grazie alla terribile ferita riportata a Les Éparges.
Jünger e Genevoix uccidono entrambi, spesso con gioia. Ma nel combattimento Genevoix, a differenza di Jünger, quando cade uno dei suoi soldati, avverte con pietà e dolore la scomparsa di un individuo, e il vuoto che quella morte apre nella catena umana, nella catena della vita. Li guarda sfilare, con uno sguardo che si fa acuto: “Commessi, contabili, ortolani di periferia, vignaioli della Champagne, eccoli, bruni o biondi, come lo si era qualche tempo fa, alcuni brutti, altri sporchi, altri rimasti belli e consapevoli di esserlo. Eccoli che arrivavano da tutte le parti, sradicati, ammucchiati. Si scorgeva ancora, su di loro, qualche brandello di quella che era stata la loro vita”. Il suo sguardo si affina ancora, scende nei particolari, si attarda su quel che sarà distrutto: “Uno alto, ossuto, con la pelle conciata dal sole e gli occhi quasi febbrili sul naso con una gobba, l’altro piccolo, grassoccio, con gli occhi ridenti, le guance rosee, la barba bruna ricciuta…”.
Anche Jünger sa soffermarsi sugli uomini, ma troppo spesso le sue idee sulla storia e sul destino delle civiltà vengono in primo piano: “Meglio sprofondare come una meteora in un nugolo di scintille che spegnersi vacillando a fuoco lento”, scrive a vent’anni. E anche: “La morte per una convinzione è il supremo compimento. In questo mondo imperfetto è qualcosa di perfetto”. Nel tessere il suo commento, Maris evidentemente riabilita Genevoix, e non soltanto perché ne ha sposato la figlia, Sylvie. Si schiera dalla parte dell’amore per la vita, della compassione per coloro che soffrono e presto moriranno, ricollegandosi esplicitamente alle riflessioni di Simone Weil sulla bellezza dell’Iliade (L’Iliade ou le poème de la force, 1941). Adolescente, Maris si era esaltato alla lettura di Avvicinamenti. Droghe ed ebbrezza (ed. orig. 1970, Multhipla, 1982), nonché a quella di Boschetto 125. Una cronaca delle battaglie in trincea nel 1918 (ed. orig. 1925, Guanda, 1999) e dell’inquietante Der Kampf als inneres Erlebnis (1922, “La lotta come esperienza interiore”). Nella maturità, lui che fu un economista, per usare le sue stesse parole, “in crisi”, si corregge senza rinnegarsi.
Due scrittori paralleli, combattenti diversi, amici, in modo diverso, della vita e delle bestie (cavalli, insetti, animali della foresta). E una strana situazione: Jünger (grazie all’ammirazione di Julien Gracq, e forse anche a quella di François Mitterrand) è celebre in Francia anche più che in Germania. Julien Hervier, che ha tradotto parecchie sue opere, pubblica ora presso Fayard una biografia molto completa (Ernst Jünger dans les tempêtes du siècle), ricca di puntualizzazioni precise su questo personaggio, contestato nel suo paese per il suo militarismo, il suo nazionalismo e le sue amicizie a volte compromettenti. Jünger ora è nella “Pléiade”. E Genevoix, che non fu mai un ideologo, ma seppe osservare e descrivere incomparabilmente gli esseri viventi minacciati dalla morte, che fu stimato da de Gaulle e a cui Gaston Gallimard aveva promesso di pubblicare le sue opere in quella stessa collezione? Genevoix dovrebbe esserci anche lui, nella “Pléiade”. La sua opera merita di essere letta e amata.
(Trad. dal francese di Mariolina Bertini)

(*) Bernard Maris

Ber­nard Maris, nato a Tolosa nel 1946 e assas­si­nato il 7 gen­naio nell’agguato alla redazione di Charlie Hebdo che ha fatto 12 vit­time, era un eco­no­mi­sta molto noto, capace di comu­ni­care con stile e iro­nia anche i con­cetti più com­pli­cati. Oncle Ber­nard, come si fir­mava su Char­lie Hebdo di cui era un pila­stro, aveva delle rubri­che in tv e alla radio pub­blica France Inter. Con melan­co­nia, difen­deva l’idea di un’economia alter­na­tiva alla “furia del capi­ta­li­smo”, dove la gra­tuità e il dono hanno il loro spa­zio importante.
Pro­fes­sore all’università e autore di romanzi, ha dedi­cato un libro a Key­nes (Key­nes ou l’économiste citoyen, 1999) e i sue due Anti­ma­nuels d’économie (2003, 2006) sono dei punti di rife­ri­mento. Ha par­te­ci­pato a Attac, poli­ti­ca­mente aveva un retro­terra socia­li­sta ma ulti­ma­mente di era avvi­ci­nato ai Verdi. Guar­dava con disin­canto i socia­li­sti, ridotti a “gestori” il cui unico pro­getto era diven­tato quello di “farci uscire dal defi­cit di bilancio”.
Ulti­ma­mente, aveva uno sguardo disin­can­tato sull’euro, di fronte a un’Europa sem­pre più “bal­ca­niz­zata”. Incro­ciava l’economia con la let­te­ra­tura, amava Bal­zac, Zola, e di recente, sor­pren­den­te­mente, aveva apprez­zato Houel­le­becq che, ne La carte et le ter­ri­toire, secondo lui era “riu­scito a cogliere il males­sere eco­no­mico che incan­cre­ni­sce la nostra epoca”. Il key­ne­siano ico­no­cla­sta dal 2011 era nel con­si­glio gene­rale della Ban­que de France. (Anna Maria Merlo)